Jeux télévisés: «Je demande un V comme dans vieux»

TELEVISION Les anciens présentateurs jugent les nouvelles moutures d'émissions cultes...

Benjamin Chapon

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« La Roue de la fortune » version Pujol-Morin en 1990 et Silvstedt-Dechavanne en 2011.
« La Roue de la fortune » version Pujol-Morin en 1990 et Silvstedt-Dechavanne en 2011. — SARADJIAN / TF1 / SIPA - D. MERLE / TF1

Lundi soir, sur TF1, les téléspectateurs fidèles au poste depuis les années 1980 auront comme un air de déjà-vu. «La Roue de la fortune» laisse place à «Une famille en or» et au «Juste Prix». Alors, bien sûr, «ça marche», il n'y a donc aucune raison de changer. Mais qu'en pensent les anciens?

Christian Morin, présentateur de «La Roue de la fortune» de 1987 à 1992 a jeté un œil à la nouvelle mouture du jeu, présentée par Christophe Dechavanne et Viktoria Silvstedt. Sa sanction est sans appel: «J'aime bien le chien, c'est sympa.» Dechavanne trimballe aussi son chien Adeck sur «Une famille en or», présenté de 1993 à 1997 par Laurent Cabrol. «Cette émission était un carcan, se souvient l'actuel animateur d'Europe 1. Le moindre de mes mouvements et répliques était écrit. Il y avait une rigidité terrible qui a fini par lasser les téléspectateurs. Dechavanne a été libéré, il a pu apporter son style, son ton.»

La faute aux Américains

Christian Morin aussi estime «les Américains» responsables de la ringardisation de son jeu. «Esthétiquement, le décor de “La Roue de la fortune” a bien évolué. Nous, on avait le calque de l'émission américaine. Et on ne pouvait rien changer, à part le présentateur…»

Remercié en 1992, l'actuel animateur de Radio Classique rappelle qu'aux Etats-Unis, «c'est le même présentateur depuis vingt ans. C'est une connerie typiquement française de vouloir toujours rajeunir les présentateurs.» Laurent Cabrol dénonce le même «réflexe facile» du «ça marche pas parce que t'es trop vieux» et épingle Xavier Couture: «Il m'a viré mais les audiences ont continué de chuter alors qu' “Une Famille en or” est une magnifique mécanique. Ce n'était pas d'un grand intellectualisme mais on s'y amusait bien.»

Si la valeur famille est indémodable, le consumérisme de «La Roue de la fortune» aurait pu faire tiquer les téléspectateurs des années crise. «Les moralisateurs m'emmerdent, tranche Christian Morin. Ce jeu fait rêver les gens qui en ont besoin. J'ai trouvé du travail à six chômeurs qui étaient passés dans l'émission.» Plus fort que les Américains.