Après 537 CDD, il attaque France Télévisions

JUSTICE La chaîne publique est notamment accusée de «travail dissimulé»...

Vincent Vantighem

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Il assure avoir «couvert six guerres» et fait «quatre fois le tour du monde». Mais il n’a jamais eu le droit à un CDI. Selon nos informations, un ingénieur du son a déposé plainte, jeudi 26 mai à Paris, contre France Télévisions pour avoir enchaîné 537 CDD en l’espace de quinze ans. Dans cette plainte que 20Minutes a pu consulter, la chaîne publique est visée pour «travail dissimulé», «prêt illicite de main d’œuvre» et «marchandage».

Il était «mis à disposition» de la chaîne publique

L’histoire de cet ingénieur du son ressemble à celle de nombreux intermittents du spectacle. Mais, en plus d’avoir lancé une procédure devant les prud’hommes, celui-ci est le premier à attaquer sur le terrain pénal. Pendant des années, il a enchaîné les reportages pour les journaux télévisés de 13h et 20h. «Souvent, quand je partais le soir, le planning me réclamait pour le lendemain et ainsi de suite», confie-t-il. Pourtant, juridiquement, il n’a jamais travaillé pour France Télévisions. Ses contrats étaient, en réalité, signés par Neyrac, une société de production qui le mettait simplement «à disposition» de la chaîne publique. 

Pour la CGC, ce n’est pas «un cas isolé»

Le principe était simple: «A chaque mission, il appelait son contact chez Neyrac pour qu’il lui rédige un contrat, explique Grégory Saint-Michel, l’avocat du plaignant. Ensuite, Neyrac facturait à France Télévisions le coût du salarié.» Les fameux contrats duraient en moyenne entre un et deux jours. «Cette mise à disposition [de salarié] était réalisée dans des conditions manifestement illégales puisque son objet était de contourner les dispositions du Code du travail», précise ainsi la plainte que 20Minutes a pu consulter.

«Ce n’est pas un cas isolé, assure Jean-Jacques Cordival, président de la CGC Audiovisuel. Ça permettait simplement à France Télévisions d’avoir une masse salariale moindre que la réalité. Le seul problème, c’est que cela a maintenu des salariés dans la précarité pendant des années…» Contactée, la direction de France Télévisions nous a indiqué «ne pas encore avoir reçu cette plainte à ce jour». Mais le parquet de Paris l’a bien «enregistrée».