«Borgia» ou le XXIè siècle en costume

SERIES «20 Minutes» s'est rendu sur le tournage de la série de Canal+, «Borgia». Coproduction européenne, cette série sera l'un des événements télévisuels de la rentrée...

A Prague, Charlotte Pudlowski

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John Doman lors du tournage de la série «Les Borgia», à Prague, en avril 2011
John Doman lors du tournage de la série «Les Borgia», à Prague, en avril 2011 — © Anouchka de Williencourt / Canal+

Il est 10h du matin à Prague. Dans la cour d’un petit palais de la Renaissance, restauré pour l’occasion, un cardinal fume une clope et tapote sur son Blackberry. La série Borgia, qui met en scène le pape Rodrigue et son clan, leur violence, leurs tourments, tourne les derniers épisodes de sa première saison. Au clap «action», on range tous les gadgets pour se transporter à l’époque de la Renaissance. Pas besoin de tout cela pour que les personnages aient l’air modernes. «Franchement, rien n’a changé. Cela fait 500 ans que les Borgias sont morts, mais les passions humaines et les ressorts psychologiques sont restés exactement les mêmes», sourit l’acteur John Doman («The Wire»),qui incarne Rodrigue, en évoquant la corruption, la convoitise, la jalousie des personnages.

Des costumes épurés

Mais comment rester moderne en jouant une série en costumes? D’abord, ceux-ci sont sobres, épurés, explique Sergio Bello, le chef costumier. Regarder une série, ce n’est pas comme regarder une robe dans un musée, on doit se passer des fioritures.» Il fallait aussi réinventer de nouveaux codes pour le public contemporain. «Par exemple, Lucrèce se marie en noir et or, précise Bello. Ce n’est pas anormal pour l’époque, parce qu’on se mariait alors dans n’importe quelle couleur. Mais aujourd’hui, voir qu’une femme se marie en couleurs sombres, cela symbolise la tristesse du personnage.»

«On n’est pas dans une pièce de Shakespeare»

La modernité doit aussi passer par le scénario. «Pour la langue, on a essayé de trouver un juste milieu entre la façon dont on parle aujourd’hui et celle dont on parlait à l’époque, pour que ce ne soit pas complètement travesti, mais que l’on s’identifie quand même», raconte Tom Fontana, le showrunner de la série, (et qui était celui de Oz). Et les acteurs devaient tirer la diction vers la contemporanéité: «Etre habillé dans un costume du XVe siècle laisse penser qu’il faudrait parler comme dans une pièce de Shakespeare, confie Mark Ryder, qui incarne César Borgia, fils de Rodrigue. Mais les réalisateurs et Tom Fontana ont bien insisté sur le fait que nous devions parler comme on le ferait aujourd’hui, qu’on n’est pas dans une pièce de Shakespeare.»

La proximité pour le téléspectateur tient aux situations vécues par les personnages: «Par exemple, la première fois que l’on voit Lucrèce, elle a ses premières règles. Toute jeune fille peut s’identifier.»

Une image inédite

Le chef opérateur, Ousama Rawi (qui travaillait sur «Les Tudors»), explique que l’image est aussi inédite. «Nous avons filmé avec une alexa, une caméra nouvelle, beaucoup plus compacte que la plupart des caméras et qui a une très grande sensibilité: vous pouvez tourner à la lumière des bougies sans la complexité à laquelle avait dû faire face Kubrick avec Barry Lyndon. Et la bougie, c’est la manière dont les gens vivaient à l’époque, donc cela permet d’être fidèle visuellement à la Renaissance. D’ailleurs ma référence, ce ne sont pas tant les séries, ou les films, que le Caravage!»

Une civilisation craintive

Mais l’élément moderne des «Borgia» tient sans doute moins à la série qu’à l’histoire elle-même. «On vit dans une époque de peur permanente, comme les Borgia», rappelle Tom Fontana. «L’empire romain avait peur
d’une invasion musulmane par exemple, de voir sa civilisation s’écrouler. Et aujourd’hui, on vit dans une peur semblable. On dit que l’histoire se répète…»