«Loft Story»: en 2001, on parlait de «jeu nazi»

TELEVISION Il y a dix ans, «Loft Story» et la téléréalité sidéraient les médias français...

Alice Coffin

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Loana, gagnante de Loft Story, quitte le loft en voiture, le 05 juillet 2001 à Saint-Denis, à l'issue de la soirée finale du jeu diffusé sur la chaîne M6.
Loana, gagnante de Loft Story, quitte le loft en voiture, le 05 juillet 2001 à Saint-Denis, à l'issue de la soirée finale du jeu diffusé sur la chaîne M6. — AFP / FRANCOIS GUILLOT

Quelle déchéance! En ce printemps 2011, lorsque les journaux consacrent leur une à la téléréalité, c’est pour titrer «Giuseppe, il trompe sa femme» ou «Cindy et Affida, elle se détestent déjà». Il y a dix ans, ça avait une autre gueule, les titres sur la real TV.

Le 26 avril 2001, les lofteurs de M6 déboulaient et «pendant toute la période de projection des épisodes, une soixantaine d’articles paraissent dans la presse généraliste», dixit la sociologue Dominique Mehl (auteur de l’essai Le Public de Loft Story entre distance et connivence, Médiamorphoses, 2003).

«Loft Story, machine totalitaire»

Et pas du Voici ou du Gala, hein, mais Le Monde, Libération ou Télérama, qui consacrent tous des unes au « Loft », et s’interrogent, par exemple, sur l’appartenance politique des téléspectateurs (pour info, les écologistes étaient les plus nombreux à regarder le «Loft»). Unes et tribunes se succèdent pour dénoncer «Loft Story, jeu nazi», «Loft Story, machine totalitaire», ou «la trash télévision, machine à broyer l’intelligence».

Le Monde n’hésite pas à le dire: «Vingt ans après l’alternance du 10 mai 1981, la France est toujours divisée en deux, les “télé-voyeurs” et les autres.»

«Ça va être énorme»

Un peu risibile rétrospectivement? «Non, cela a été l’événement le plus marquant de la société du spectacle depuis vingt ans, estime Jean-François Kervéan alors journaliste à France Soir. Normal que la presse intello s’en soit emparée. A France Soir, on s’en foutait. Ce sont les Italiens, alors propriétaires du journal, qui avaient connu la téléréalité chez eux, qui nous ont dit: Hé! envoyez des gens, ça va être énorme.»

«Au départ, confirme François Jost, directeur de la revue Télévision, la dimension jeu n’était pas intégrée. On se demandait vraiment si c’était représentatif de la réalité. On parlait de rats de laboratoire. » Depuis, l’aspect spectacle a pris le dessus et la presse people s’est bien rattrapée. La presse généraliste, elle, s’est tue. Malgré les excellentes ventes enregistrées au printemps 2001.