«La télévision est désormais au cœur de la révolution numérique»

MEDIA Le Geste organisait vendredi une journée de débats sur l’émergence des télés connectées et des tablettes et les opportunités qu’elles représentent...

Sandrine Cochard
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Le système Google TV, via la box Logitech Revue
Le système Google TV, via la box Logitech Revue — P.BERRY

Accéder aux programmes que vous voulez, quand vous le voulez tout en pouvant les commenter en direct ou obtenir un complément d’informations... C’est en substance la promesse des télés connectées, ces écrans de nouvelle génération qui permettent de naviguer sur le Net (comme la «Google TV», lire notre test ici) et de télécharger différentes applications comme sur un smartphone. «La télévision est désormais au cœur de la révolution numérique», a souligné Eric Scherer, directeur de la Prospective de France Télévision, en ouverture de la journée de conférences-débats organisée par le Geste (Groupement des éditeurs de services en ligne), vendredi.

50% des ventes mondiales en 2014
 
Une révolution qui arrive plus vite que prévue et oblige tous les acteurs de la chaîne (producteurs, éditeurs, diffuseurs, FAI, opérateurs télécom, constructeurs) à poser rapidement les bases d’un marché encore émergent mais amené à exploser très vite (ce que les Américains appellent les «smartTV» représenteront plus de 50% des ventes de téléviseurs dans le monde en 2014).
 
Car si les opportunités sont nombreuses, les problèmes le sont tout autant. «Il y a tellement de chemins d’accès aux contenus de la BBC que les consommateurs ont parfois du mal à nous les attribuer», note ainsi Edouard Benroubi, chef de projet chez BBC.
 
Charte de bonne conduite
 
Or les chaînes ne veulent surtout pas se couper de leurs contenus et entendent bien rester maîtresses de «la présentation et de l’expérience de leurs contenus». En clair, pop-up et widgets sauvages qui viennent se superposer à l’image ne sont pas les bienvenus, comme l’a rappelé Jean-François Mulliez, directeur délégué Nouveaux Médias chez TF1.
 
Cette surimpression pourrait d’ailleurs poser des problèmes de droit, relatif à l’intégrité de l’œuvre, selon Me Corinne Thiérache. D’où la signature d’une charte par les 18 principales chaînes en France, en octobre dernier, pour protéger leurs contenus sur les téléviseurs connectés et réclamer une équité entre les acteurs, notamment en matière de TVA.
 
Quels contenus?
 
Outre la bataille des droits et à la répartition des recettes (à qui «appartient» le client de la télé connectée: à la chaîne qui a produit le contenu qu’il regarde, au FAI qui permet la connexion ou à l’opérateur chez lequel il a souscrit l’abonnement de sa box?), c’est sur le terrain des contenus que se jouera la survie des acteurs de ce marché. «Celui qui a le plus de contenus gagnera la bataille», prévient Jean-François Mulliez.
 
Mais quels contenus, justement? Car intervenants l'ont martélé vendredi: la télévision est différente de l'ordinateur et inversement. La télé, même connectée, suppose donc des contenus particuliers. La vidéo est clairement l’enjeu principal des années à venir, à travers la VOD (un marché de 150 millions d’euros en France) ou la catch-up (ce marché pèserait 2 milliards d’euros en 2015 en Europe selon le centre d’étude Idate). «Les flux d’hier intéresseront toujours les consommateurs, assure Eric Cremer, vice-président Media chez Dailymotion, mais leur utilisation sera différente.»
 
La télé connectée penche aussi vers toujours plus interactivité. «Le nombre de tweets pendant les programmes est extraordinaire», souligne Eric Scherer. La synchronisation des commentaires et la sollicitation des internautes (en les faisant voter ou réagir en direct sur un sujet du JT de 20h par exemple) est donc une autre piste à suivre. «Aujourd’hui, c’est l’utilisateur qui a pris le pouvoir», affirme Mathieu Dubreu d’Atos Wordline. Mais qui adoubera-t-il avec sa télécommande?