Les satiriques canardent la presse régionale (PQR)

© 2006 AFP

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Fakir 1-Courrier Picard 0. Le 29 septembre 2004, la cour d’appel de Paris a relaxé le vilain petit canard d’Amiens, dans son procès contre le mammouth de la presse régionale. Un chef d’agence avait peu goûté une caricature où il figurait aux pieds du maire adjoint de la ville, une brosse à reluire à la main. Pour la diffamation, il faudra pourtant repasser. Simple « droit de critique » de la « presse satirique », ont tranché les magistrats. Reste que les temps sont durs pour les sales gosses de la presse régionale. Abondance de procès ou disette publicitaire sont le lot de ces poils à gratter vendus chacun à moins de 6 000 exemplaires. Bref, à mini-audience, giga-représailles. Et démonstration que ces titres à l’irrévérence en bandoulière ont l’art d’informer là où ça fait mal.

« Nous pointons les sujets qui fâchent, confirme François Ruffin, fondateur de Fakir en 1999. En ce moment, nos papiers dénoncent les conditions de travail dans les centres d’appels téléphoniques d’Amiens. Nos confrères, eux, les glorifient au motif qu’ils créent des emplois. »

Patron du Satiricon à Toulouse, Pierre Samson dézingue « les quotidiens régionaux. A vouloir préserver lecteurs, annonceurs et élus, ils sont tièdes. Et ne sortent rien. » Du coup, son trimestriel égratigne Jean-Michel Baylet, sénateur, président du Parti radical de gauche... et PDG de La Dépêche du Midi. « Nos collègues satiriques nous épinglent parce que nous ne partageons pas leur goût du parti pris, rétorque Jean-Christophe Giesbert, directeur de la rédaction de La Dépêche. Sur un dossier sensible, nous donnons la parole à toutes les parties. Au lecteur de se faire une opinion. »

Une « prudence » assumée par Philippe Larue, rédacteur en chef adjoint de La Provence : « Chaque jour, nous sollicitons les décideurs locaux, ce sont nos sources d’info privilégiées : difficile de les critiquer. » Le Ravi, un mensuel marseillais fondé en 2003, en profite : « Nous ouvrons nos colonnes à des journalistes de La Provence, indique le rédacteur en chef Michel Gairaud. Sous couvert d’anonymat, ils débrident leurs plumes et analysent les dessous de la politique locale. »

Dan Israel/Agence page 30