perspective Frédéric Filloux*

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L’homme qui fait aujourd’hui peur à la droite se nomme André Daguin. Il est le président de l’Union des métiers de l’industrie et de l’hôtellerie, le lobby des restaurateurs. Ceux-ci viennent de subir un sérieux revers avec la quasi-assurance que la France n’obtiendra pas auprès de ses collègues européens la réduction du taux de TVA à 5,5%, contre 19,6% actuellement (lire en page Economie). Homme tout en finesse et en nuances, André Daguin a promis que sa corporation se battra pour inciter Jacques Chirac à respecter sa promesse électorale de 2002. Il ajoute même dans un élan guerrier confié à Libération : «Si on désespère [les restau-rateurs], on fait d’eux des terroristes. Quand on n’a plus rien, on ose tout.» Mais ses premières rétorsions, il les promet implicitement sur le personnel : « Il ne faudra plus compter sur nous ni pour le social, ni pour la formation... plus rien.» Bref, ça va charcler chez les arpettes. Lesdits employés ne verront sans doute pas de différence tangible : le secteur n’est guère réputé pour son sens de la promotion sociale. Quant au client, il souffre déjà d’un service chroniquement médiocre par rapport aux pays voisins, il ne devrait donc pas noter de dégradation sensible dans la mauvaise humeur des personnels. Eux-mêmes sont les victimes d’un sous-effectif chronique dans les établissements (comme s’en désole le gouvernement, cette industrie est plutôt rétive à la création d’emplois, la France est le seul pays où l’on fait des carrières de garçon de café). Ce refus européen – allemand en fait – de réduire le taux de TVA est d’autant plus mal vécu que les artisans du bâtiment ont eux obtenu cinq ans de prorogation pour leur régime fiscal. C’est avant tout une question de « divisions » comme disait Staline. Alors que cafés, hôtels, et restaurants emploient 806000 salariés pour un chiffre d’affaires de 53 milliards d’euros, le bâtiment dans son ensemble fait travailler près de 1,2 million de personnes (dont un quart d’artisans) pour un chiffre d’affaires de presque 100 milliards d’euros. Difficile, donc de mécontenter la truelle. Mais il va falloir compter avec la capacité de nuissance des 177000 restaurateurs et hôteliers français. Un redoutable relais d’opinion qui risque fort de faire payer au chef de l’Etat son clientélisme compulsif. * Directeur de la rédaction de 20 Minutes.

Les premières rétorsions viseront le personnel de ce secteur peu social