Frédéric Mitterrand: «La TNT va créer une euphorie, une déception, puis une habitude»

INTERVIEW Le ministre de la Culture et de la Communication revient sur le passage à la télévision numérique... et de la Communication. Cette nuit, l'Ile-de-France a basculé vers le tout numérique… C'est une étape à la fois stratégique et symbolique&#82...

Propos recueillis par Alice Coffin et Anne Kerloc'h

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Le passage du hertzien au numérique se poursuit jusqu'en novembre 2011.
Le passage du hertzien au numérique se poursuit jusqu'en novembre 2011. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

Cette nuit, l'Ile-de-France a basculé vers le tout numérique…
C'est une étape à la fois stratégique et symbolique: 12 millions de téléspectateurs sont concernés et le basculement en Ile-de-France est plus délicat que dans d'autres régions, notamment parce que l'habitat collectif est très présent, près de 70 % On oublie aussi qu'une partie de l'Ile-de-France est rurale. La politique d'accès doit prendre en compte la double problématique des grandes villes et des zones rurales. Je tiens à ce titre à rendre hommage au travail mené par le GIP France Télé Numérique, présidé par Louis de Broissia, pour préserver l'accès à la télévision, avec des campagnes d'informations, des aides techniques et financières.

Cet accès est un droit ?
Ce qui, il y a quarante ans, pouvait être perçu comme un divertissement est devenu un droit et un droit légitime. Dans une société où l'insertion sociale est complexe, où les solidarités se distendent, la télévision, en fournissant de l'information, en brisant l'isolement, joue un rôle social considérable. J'ai milité pour que l'on en tire les conséquences pratiques pour garantir cet accès, même si certains incidents seront inévitables.

Quelles sont, selon vous, les lignes de force qui vont se dessiner dans le paysage audiovisuel ?
L'accès à de nouvelles chaînes va provoquer trois phases chez le public : une euphorie, puis une déception… enfin une habitude ! Mais il y aura une réelle diversité et les programmes vont évoluer. Les chaînes historiques s'attendaient, certes, à la concurrence, mais là, elles vont physiquement la sentir. Les identités des chaînes devront se renforcer, dans le service public comme le privé. Est-ce que cela créera plus de qualité de programmes ou une course à l'Audimat ? Je crois dans tous les cas à un vrai dynamisme créatif.

France 4, la chaîne TNT du service public, sera-t-elle confortée dans son identité « jeune » ?
C'est à Rémy Pflimlin et à ses équipes d'y travailler. France 4 se cherche un peu, entre chaîne jeune et chaîne des nouvelles générations. Nous aurons l'occasion d'aborder ce sujet lors du renouvellement du contrat d'objectif et de moyens de France Télévisions, que je souhaite conclure en juin prochain, et je suis très optimiste car Rémy Pflimlin a compris l'ampleur de ce dossier.

Beaucoup de nouveaux entrants de la TNT se disent généralistes !
Justement, je pense que cela va évoluer, notamment avec le basculement de l'Ile-de-France. C'est aux chaînes de s'adapter, mais la concurrence va être si forte qu'elles vont devoir se différencier les unes des autres.

La TNT en Ile-de-France, c'est aussi plusieurs chaînes locales…
Les chaînes locales en général rendent des services considérables, notamment en outre-mer, où la presse locale est moins lue qu'en métropole. Néanmoins, le modèle économique des télés locales est très précaire et les oblige à chercher des financements, notamment auprès des collectivités ou des élus. Je ne souhaite pas qu'elles disparaissent. Nous venons de mener une consultation avec le CSA pour les renforcer, avec notamment des propositions pour mutualiser les coûts et renforcer la coopération entre chaînes. Plus spécifiquement, sur l'Ile-de-France, les chaînes locales ont sans doute un potentiel de développement plus intéressant.