Les télés du futur, proche et lointain

ENTRETIENS 20 MINUTES Nicolas de Tavernost (M6) et Louis de Broissia (France Télé Numérique) étaient les invités de la rédaction...

Recueilli par Gaël Desgrées du Lou, Anne Kerloc'h et Yvon Mézou

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Le 1er mars, Nicolas de Tavernost (à g.) et Louis de Broissia (les deux mains sur la table) s'entretenaient dans nos locaux.
Le 1er mars, Nicolas de Tavernost (à g.) et Louis de Broissia (les deux mains sur la table) s'entretenaient dans nos locaux. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

L'un, Nicolas de Tavernost, est président d'un groupe très attentif à la TNT (M6) et qui, après W9, s'apprête à lancer une nouvelle chaîne en fin d'année. L'autre, Louis de Broissia, préside le groupe d'intérêt public France Télé Numérique (qui réunit l'Etat et les chaînes historiques) pour faciliter l'accès à la TNT. Avantle basculement de l'Ile-de-France vers le tout numérique, nous les avons fait dialoguer, dans nos locaux, sur la télé «nouvelle génération».

Passer au tout numérique était une urgence?
Louis de Broissia:
C'était une nécessité absolue pour en finir avec une technologie hertzienne dépassée, chère et qui bloque l'évolution. Le numérique, c'est plus que la TNT, c'est une nouvelle ère.
Nicolas de Tavernost: Le numérique a déjà révolutionné la production. Pour la diffusion, la France est plutôt en retard. L'Espagne, la Croatie ont déjà basculé. Après, je regrette que la norme retenue ne permette pas la HD. On est obligé de payer deux diffusions pour l'avoir.

Plusieurs nouvelles chaînes de la TNT, comme W9, du groupe M6, ciblent un public jeune…
N. de T.:
Les experts qui annonçaient la fin de la télé face à Internet peuvent aller se rhabiller! Il y a des réserves d'écoute, notamment chez les jeunes. Mais, il faudrait que le CSA laisse plus de liberté aux opérateurs sur le contenu des programmes. J'aimerais donner Téva gratuitement, mais quand une chaîne a été conventionnée comme payante par le CSA, c'est très difficile de revenir dessus. Une chaîne de compensation sur la TNT a été attribuée à M6. Mais ce ne sera pas Téva ni Paris Première. Nous aurons une nouvelle chaîne, généraliste.
L. de B.: La télévision a de beaux jours devant elle. Sur le plan International, on compte 24 000 chaînes !

Que pensez-vous de l'avenir des télés locales?
L. de B.:
J'y ai cru. Mais si on ne leur trouve pas un modèle économique pertinent, inépendant du financement des collectivités locales, on les condamne.
N. de T.: Actuellement, l'expérience confine au désastre. Cela ne sert à rien de les autoriser à tour de bras si elle doivent fermer à tour de bras…

Et de l'avenir de la TNT payante, face aux 19 chaînes gratuites?
N. de T.:
Le métier de la télévision payante est très complexe. Il faut développer des outils, des décodeurs, des centres d'appels… Nous avons préféré céder TPS à Canal+, par le passé. L'avenir de la TNT payante dépendra pour beaucoup de la politique du groupe de télévision payante Canal+.

On parle beaucoup de télé connectée, qui fait converger télévision et Internet…
L. de B.:
C'est pourquoi le temps est venu de la convergence des régulateurs, le CSA et l'Arcep, ne serait-ce que pour lutter contre le piratage.
N. de T.: Une seule instance s'impose notamment pour le choix des normes. Surtout, on ne peut pas laisser les opérateurs seuls face aux technologies connectées. La télévision connectée, dont les promesses en termes de service, d'usages et d'interactivité, sont fortes, ne doit pas devenir l'instrument d'un piratage à grande échelle.

Quand M6 réfléchit à France 4
Nicolas de Tavernost a des idées de programmes… pour le service public. «Au lieu de lui faire diffuser des séries, pourquoi ne pas transformer France 4 en une chaîne sportive, qui diffuserait des événements et des compétitions, y compris de sports moins connus?»