Période grise pour les médias arc-en-ciel

DECRYPTAGE Si Canal+ diffuse mardi soir sa 15e Nuit gay, plusieurs titres spécialisés sont en difficulté...

Alice Coffin

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Extrait d'Illegal Love, à voir ce soir sur Canal+ à 22 h 30.
Extrait d'Illegal Love, à voir ce soir sur Canal+ à 22 h 30. — PETITE MAISON PRODUCTION

Plus belle la nuit pour les médias gay? Si Canal+ diffuse mardi soir à 20h15 sa 15e Nuit gay, les petits matins ne chantent pas pour les chaînes ou titres communautaires. Et encore, «beaucoup de choses ne se feraient pas si je n'étais pas là», confie Pierre Bergé, propriétaire de Têtu, à 20 Minutes.

Le mois dernier, l'annonce puis le démenti de sa décision de vendre le titre a créé l'émoi. «Il n'en est rien, explique Gilles Wullus, le rédacteur en chef. Mais c'est vrai que la santé de Têtu n'est pas vaillante. On planche sur une nouvelle formule plus masculin généraliste que strictement gay.»

Quelle pub? Quel lecteur?

Côté ­Internet, le site Yagg.com qui a connu de grosses difficultés mise sur plus de «mixité, note son directeur de publication, Christophe Martet. On est à moitié-moitié entre hommes et fem­mes. C'est nouveau dans le paysage gay et lesbien, et c'est une orientation qu'on veut explorer.»

Mais les annonceurs ne s'y retrouvent pas toujours. «La pub, c'est le gros problème», estime Cyrille Marie, directeur de Pink TV. Lancée en 2004, la chaîne «a été laissée pour morte plusieurs fois, mais on est toujours là, poursuit-elle. Malgré la frilosité des annonceurs qui est aussi celle de la France en général sur les problématiques LGBT [lesbienne, gay, bi et trans].»

Une particularité française? «De fait, les magazines anglais ou américains fonctionnent, confirme Pierre Bergé. L'offre française n'est pas mauvaise. Le problème, c'est la demande, qui n'existe pas assez.»

Notoriété fulgurante

Pas assez de lecteurs donc. «Mais ça, c'est le souci de tous les médias français, non?, ­souligne Gilles Bessec, journaliste à France Info et auteur d'un article sur le panorama de la presse gay. Cette dernière est atteinte plus vite et plus fort que les autres, car c'est un ­secteur plus réduit.»

Il ajoute, quand même en guise de bonne nouvelle: «Ça marche dans les deux sens, quand un nouveau tire se crée, ne serait-ce qu'un blog, comme l'a été gayclic.com, qui a connu une notoriété fulgurante, le succès arrive très vite!»