Wallraff se grime en noir pour faire l'expérience du racisme

DOCUMENTAIRE L'Allemand se fait Somalien dans «Noir sur Blanc»...

Recueilli par Alice Coffin

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Noir sur Blanc, demain soir sur Arte.
Noir sur Blanc, demain soir sur Arte. — WDR / ARTE

C'est la figure de référence de l'immersion déguisée. Dans Tête de Turc, le journaliste d'investigation sociale Günter Wall­raff se faisait passer pour un Turc dans l'Allemagne des années 1980. Il recommence, en se grimant en Somalien dans Noir sur Blanc, documentaire diffusé sur Arte mardi soir, à 20 h 40.

Usurper une identité en tant que journaliste, en France, cela fait débat…
En Allemagne, aussi. Avant ma première enquête, c'était interdit. Depuis, il y a eu une «Loi Wallraff», qui permet d'user de méthodes détournées pour obtenir des informations qu'on juge important de transmettre à l'opinion publique.

Votre méthode a fait des émules!
Regardez ce qu'a fait, avec succès, la journaliste Florence Aubenas. Elle s'est fait passer pour une travailleuse précaire dans Le Quai de Ouistreham. En Suède, où ma méthode est prisée, ils ont nventé le verbe «wallraffer». Tous les ans, il y a un journaliste qui «wallraffe»! J'ai l'intention de faire encore des coups, mais je suis heureux de cet héritage.

Quelles ont été les réactions pendant le tournage et à la sortie du film?
Le plus étonnant, c'est que la plupart des intervenants qui proféraient des propos racistes n'ont pas demandé à être floutés. Ils ne ressentaient aucune honte. Le film a été bien reçu, même si des grands journaux comme le Süddeutsche Zeitung se sont bornés à dire que je ne ressemblais pas à un Noir!

Racisme ordinaire

«L'Afrique est aux singes, l'Europe aux Blancs»! Voilà un des exemples de propos tenus à Wallraff. Caméra cachée à la boutonnière, il a parcouru l'Allemagne en se présentant comme un Somalien, grimé selon la méthode d'une maquilleuse parisienne.