Procès Eric Zemmour: discrimination ou liberté d'expression?

JUSTICE
Le procès du chroniqueur touche à sa fin. Retour sur trois jours d’audience...
Le chroniqueur Eric Zemmour à son arrivée au tribunal de Paris, le 11 janvier 2011
Le chroniqueur Eric Zemmour à son arrivée au tribunal de Paris, le 11 janvier 2011
20minutes

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C’est ce vendredi que s’achève le procès d’Eric Zemmour. Poursuivi pour diffamation et provocation à la haine raciale par cinq associations (Sos Racisme, la Licra, le Mrap, l'UEFJ et J'accuse), le journaliste du Figaro et chroniqueur de nombreuses émissions télé est contraint de s’expliquer devant la XVIIème chambre correctionnelle du tribunal de Pari depuis mardi. Retour sur trois jours d’audience avant la mise en délibéré du verdict.

Qu’est-il reproché à Eric Zemmour?
Ses propos tenus dans l’émission «Salut les Terriens», diffusée le 6 mars 2010. «La plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c’est comme ça, c’est un fait», avait affirmé le chroniqueur sur le plateau de Thierry Ardisson. Quelques heures plus tôt, sur le plateau de «L'Hebdo», une émission de France Ô, il avait tenu d’autres propos controversés, affirmant que les employeurs «ont le droit» de refuser des Arabes ou des Noirs. Deux déclarations choc lui qui lui valent une plainte pour diffamation et provocation à la haine raciale.

Que risque-t-il?
«Je pense que la diffamation raciale ne tiendrait pas, car le débat -nauséabond-devrait prouver que l’idée avancée est fausse» alors qu’elle est basée sur des «préjugés et non des statistiques», avait analysé pour 20minutes.fr l’avocat Emmanuel Pierrat, spécialiste du droit de la presse. «En revanche, l’incitation à la haine raciale tiendrait» puisque les propos stigmatisent une population et qu’on tente d’exciter les esprits. S’il est reconnu coupable, Eric Zemmour risque «un an de prison et une amende.»

Quelle est sa ligne de défense?
Tout assumer et se poser en observateur fidèle de la réalité. «Mes propos sont brutaux, mais la réalité est brutale», a-t-il martelé le premier jour de son procès. En prime, Eric Zemmour a tenté de déplacer le débat sur le terrain de la liberté d’expression, affirmant refuser de se soumettre au «politiquement correct».

Quels sont ses soutiens?
Ils sont multiples. A commencer par son compère Eric Naulleau, chroniqueur à la critique facilement acerbe dans «On n’est pas couché» sur France 2. Celui-ci a pris la défense d’Eric Zemmour lors de l’audience de jeudi. «Sur ce type d'émissions, tout va très vite, on n'a pas le temps de préciser, de nuancer... Les propos un peu lapidaires deviennent très vite caricaturaux», a-t-il fait valoir tout en se défendant d'être «du même bord politique» que l’accusé. Une trentaine de députés UMP ont également défendu Eric Zemmour jeudi, tout comme l’ancien ministre de l’Intérieur Jean-Pierre Chevènement qui a adressé une lettre au tribunal. «J’ai de la sympathie» pour Eric Zemmour, affirmait-il jeudi sur Europe 1.

Eric Zemmour, un «réel danger» ou l’homme qui dit tout haut…?
Deux analyses de la sortie d’Eric Zemmour se sont opposées, jeudi. «Les propos d'Eric Zemmour comportent de réels dangers», s'est ému l'ancien président de la Haute Autorité de lutte contre la discrimination et pour l'égalité (Halde), Louis Schweitzer, jeudi. De son côté, l’ancien spécialiste des questions de sécurité auprès du ministre Jean-Pierre Chevènement et actuel préfet de l'Allier, Pierre Monzani a témoigné en faveur du chroniqueur, dénonçant «une sorte d'omerta» en France. «La surreprésentation de certaines populations immigrées dans les problèmes de délinquance est un fait», a-t-il martelé. «Il n'y a pas de statistiques ethniques» mais il suffit de consulter «les listes de patronymes».

Vers un nouveau débat?
Le procès d’Eric Zemmour ouvre la voie à une nouvelle polémique sur l’immigration et sur les statistiques ethniques. «La France est le seul pays qui n'a pas de statistiques ethniques, et c'est un vrai débat», a appuyé l'ancien ministre et député UMP, Claude Goasguen, jeudi. «Est-ce qu'on peut résoudre le problème (de la discrimination) si on n'en parle pas? C'est un problème absurde. Le fait de ne pas savoir est un handicap pour notre pays, qui sera vraisemblablement réglé dans les mois qui viennent.» Le feu n’est pas prêt de s’éteindre.

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