Bertrand Bergier: «La télévision reste un outil de socialisation»

INTERVIEW Le sociologue publie «Pas très cathodique, enquête au pays des sans-télé»...

Propos recueillis par Sandrine Cochard

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Les Français ont passé en moyenne trois heures 25 minutes par jour devant la télévision au cours de l'année 2008, selon des chiffres de l'institut de mesure d'audience Médiamétrie publiés lundi par le Syndicat national de la Publicité télévisée (SNPTV).
Les Français ont passé en moyenne trois heures 25 minutes par jour devant la télévision au cours de l'année 2008, selon des chiffres de l'institut de mesure d'audience Médiamétrie publiés lundi par le Syndicat national de la Publicité télévisée (SNPTV). — Bertrand Guay AFP

Vivre sans télévision. Alors que les français regardent le petit écran en moyenne 21h par semaine, entre 2 à 3% de la population ont choisi de débrancher. Subi ou assumé, ce choix n’est pas sans conséquence. Dans son livre «Pas très cathodique, enquête au pays des sans-télé», le sociologue Bertrand Bergier s’intéresse à cette minorité et tord le cou à certaines idées reçues. Interview.
 
Quel est le profil des «sans-télé»?
Il n’y a pas de profil type. Je m’attendais à découvrir une population très intellectuelle, or ils sont issus de toutes les catégories sociales, même si les titulaires d’un diplôme supérieur représentent 75%. Ils sont de tous âges et sont aussi bien marqués politiquement à droite comme à gauche. J’ai d’ailleurs été étonné car 25% d’entre eux n’ont pas de discours anti-télé. Les «sans-télé» se distinguent plutôt dans leur parcours.
 
C’est-à-dire?
Il y a trois catégories de «sans-télé». Les héritiers, souvent nés avant 1955, qui n’ont jamais connu la télévision dans leur famille et pour lesquels la question d’en posséder une ne se posait pas. Les alternants, qui oscille entre possession et abandon du poste et sont plutôt nés entre 1955 et 1974. Enfin, ceux nés après 1975 qui ont opté pour la rupture et ont choisi de ne plus avoir de poste. Cette dernière catégorie représente 70% de la population des «sans-télé». Pour eux, la télévision est tombée en désuétude.
 
Justement, par quoi est remplacée la télévision?
Principalement par l’Internet. Les «sans-télé» regardent notamment des séries qu’ils téléchargent sur leur ordinateur. Ce sont aussi de gros consommateurs de biens culturels: cinéma, livres, musées etc. Dans le milieu bourgeois, se passer de télévision est une fierté dont on se vante volontiers.
 
Dans votre livre, vous démontrez que le «choix» de vivre sans télévision est parfois subi…
Effectivement, c’est souvent la conséquence d’un changement dans sa vie. Par exemple, les jeunes quittant le foyer parental pour s’installer et pour lesquels investir dans une télévision n’est pas une priorité. Ils se sont habitués à cette vie en organisant leur quotidien autrement et ne trouvent plus d’intérêt à en posséder une plus tard. Autre cas: la vie de couple, lorsque l’un des deux est opposé à la télévision…
 
La télévision équipe 27 millions de foyers en France. Est-il vraiment possible d’y échapper?
Justement non. Environ trois quarts des personnes interrogées reconnaissent d’ailleurs avoir regardé quelques minutes de télévision dans le mois écoulé, dans leur famille, chez des amis ou encore à l’hôtel, lors de déplacements. Une famille «sans-télé» était même abonnée à Télérama pour permettre à leurs enfants de se tenir au courant. Car la télévision reste un fort outil de socialisation. On discute volontiers de ce que l’on a regardé la veille, cela permet un échange, même superficiel. Enfin, les «sans-télé» doivent aussi composer avec l’incompréhension de leur entourage qui propose souvent de leur en offrir une ou d’en faire cadeau aux enfants!