«Qui veut épouser mon fils?»: pourquoi la nouvelle émission de TF1 est un chef d'œuvre de télé-réalité

MEDIAS 20minutes.fr vous donne la recette de ce cocktail détonnant...

Charlotte Pudlowski

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Giuseppe et sa mère Marie-France dans l'émission «Qui veut épouser mon fils»
Giuseppe et sa mère Marie-France dans l'émission «Qui veut épouser mon fils» — TF1

«Poitrine, souliers, dentition»: c’est ce qui intéresse Giuseppe chez les femmes. «Son mot d’ordre? Sois belle et tais-toi» précise sa mère Marie-France. Pour trouver cette «perle rare», celle qui aurait des gros seins et la langue dans sa poche, Giuseppe et Marie-France ont participé ensemble à «Qui veut épouser mon fils?».

La nouvelle émission de téléréalité de TF1 rassemble des mères et leurs fils, des Tanguy de 30 à 40 ans, afin qu’ils trouvent enfin la femme qui les fasse déguerpir du foyer familial. Un cocktail des meilleurs ingrédients de la téléréalité.   

Le casting

Les prétendants sont exquis, et il y en a pour tous les goûts: le macho, le timide, le beau gosse, le gay… Le talent de l’émission est d’être relativement politiquement correct, tout en disposant de protagonistes odieux. Prenez Giuseppe, le parfait macho. «Je ne crois pas à l’égalité des sexes» confie-t-il à 20minutes.fr «je cherche une fille qui sache rester à sa place. Moi, je suis macho». «Ce n’est pas un acteur, il représente des gens qui pensent vraiment comme ça», souligne Angela Lorente, directrice du pôle téléréalité de TF1 et créatrice de «Qui veut épouser mon fils?». Mais il est assez stéréotypé pour indigner le public. 

Un format «original»

Angela Lorente, souligne qu’un tel format est inédit en France. MTV avait réalisé des émissions approchantes (comme Parental Control, où les parents, mécontents des relations de leurs enfants, rencontraient de potentiels remplaçants, qu'ils choisissaient seuls). Mais «Qui veut épouser mon fils?» a été adapté d’une émission hollandaise. «On a tout revu pour la France; tout ce qu’on a gardé c’est le lien mère-fils, précise Angela Lorente. On a exploré cette relation fusionnelle parfois… dysfonctionnelle».

Une émission «sociétale»

Le mot est de la directrice du pôle téléréalité. «Les enfants restent de plus en plus chez leur mère, l’émission a donc rapport avec une tendance de fond». Mais François Jost, professeur d’analyse de la télévision et de sémiologie audiovisuelle, auteur de plusieurs livres sur la téléréalité, abonde dans son sens: «avec la crise, la question de savoir dans quelle condition l’enfant part de la maison et avec qui, est une question de plus en plus cruciale, que l’émission met en avant. La téléréalité réussie parle de sujets concernants».

Le lien mère-fils

Le ressort principal de l’émission est le complexe d’Œdipe franchement pas résolu. Les garçons sont manifestement fous de leur mère («Ma mère? Elle me trahira jamais, a confié Giuseppe à 20minutes.fr. J’ai pas envie de couper le cordon. Entre une femme et ma mère, je choisirai toujours ma mère»). Et cela parle au public, qui a – souvent à un degré beaucoup moins pathologique- eu une mère à gérer.

«La téléréalité a une audience surtout ciblée sur les 15/24 ans et les mères, donc un public particulièrement réceptif à ce lien mère-fils», souligne François Jost. «C’est pour cela que les mères ont toujours eu une place assez importante dans la téléréalité. Comme dans l’Ile de la tentation, où les mères n’étaient évidemment pas là, mais où l’on voyait sans arrêt des femmes qui disaient «il faut qu’il grandisse», il n’est pas assez mature etc. Cette dialectique de l’enfant qui quitte la mère est souvent présente». Et le sémiologue de rappeler que dès le premier «Loft», la mère de Jean-Edouard était venue sur le plateau parler de son fils –qui avait couché avec Loana dans la piscine, disant qu'il s'était mal conduit, et l'incident passé, qu'elle retrouvait son vrai visage. «Qui veut épouser mon fils?» cristallise donc une logique existant depuis longtemps.

Ce cocktail devrait obtenir son succès auprès des téléspectateurs. Quant à savoir si le même succès sera au rendez-vous pour les candidats, ils n’ont pas encore le droit de le dire. Mais plusieurs ont admis avoir gardé contact avec «certaines personnes de l’émission».

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