Filmer la maladie, tout un art

DOCUMENTAIRE «Mes deux seins», ce jeudi soir sur France 2, un regard intime sur le cancer...

Boris Bastide

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Se faire à l'image de l'ablation d'un sein.
Se faire à l'image de l'ablation d'un sein. — M. MANDY & V. FOOY

«Les gens n'ont pas forcément envie de voir un film sur le cancer, explique Marie Mandy, la réalisatrice de Mes deux seins, diffusé jeudi soir à 22h50 sur France 2. Mais mon idée, c'était de proposer quelque chose de différent.» Et de privilégier une approche personnelle et poétique, en contrepoint des sujets plus distants où des journalistes donnent la parole aux malades.

Un temps de recul nécessaire

Le documentaire suit le combat de Marie Mandy contre un cancer du sein jusqu'à sa guérison. Le tout filmé par un proche et approuvé par France Télévisions dès le diagnostic de la maladie. Les images, parfois brutes, sont mises en perspective par un commentaire en voix off de la réalisatrice, le cancer, representé par des effets graphiques.

Ainsi, pour se préparer à l'ablation d'un sein, Marie Mandy projette des images d'amazones sur son corps. «J'aime que mes films aient une dimension plastique, confie-t-elle. Une image est souvent beaucoup plus forte pour faire passer une émotion que des mots.»

Un long travail douloureux qui n'a pu se faire qu'une fois la guérison annoncée. «Avant, j'étais con­centrée sur ma santé. On filmait ce qui se passait et on mettait les images de côté.» Martine Lancelot a également dû patienter un an avant de monter La Maladie silen­cieuse (2006) sur son combat contre l'hépatite C. Elle a préféré évacuer l'aspect médical pour poétiser son quotidien à l'aide d'une petite caméra. «Filmer m'a sauvé la vie, dit-elle. Ça m'a permis de voir les choses autrement.»

Et de partager un autre regard sur le monde. Comme ces plans fixes tout bleus de Blue (1993) du cinéaste Derek Jarman, atteint du sida et presque aveugle. «Tourner permet aux artistes malades de se réapproprier leur corps, indique Emmanuel Dreux, docteur en cinéma à Paris-VIII. Ils vont chercher à représenter une image que la société préfère cacher. Comme Hervé Guibert, atteint du sida, mettant en scène la fin de sa vie dans La Pudeur ou l'impudeur. Généralement, on filme les mariages et les naissances. Pas les enterrements.»

Coscénarisé

Marie Mandy a fait appel à la romancière Virginie Langlois pour réaliser le commentaire du film. «Elle m'a aidé à accoucher de ce que je voulais dire, un peu comme une sage-femme.»