Le pédophile, «figure moderne de l'effroi»

DECRYPTAGE Le documentaire «Cinq jours pour juger» nous plonge ce jeudi soir au coeur du procès Evrard...

Boris Bastide

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Francis Evrard, en septembre 2007, quelques semaines après son arrestation.
Francis Evrard, en septembre 2007, quelques semaines après son arrestation. — C. BAZIZ / SIPA

«Je n'ai pas de sang sur les mains. Il n'y a aucune blessure apparente. Et on veut quand même que je ne sorte plus de prison. C'est eux les mon­stres. » Dans le documentaire Cinq jours pour juger, le procès d'un pédophile, diffusé ce jeudi soir à 22h50 sur France 2, Francis Evrard tente difficilement de se défendre face à la caméra, en marge de l'audience. A 63 ans, il était jugé fin octobre 2009 pour l'enlèvement, la séquestration et le viol d'Enis, 5 ans. Récidiviste, il risquait la prison à perpétuité.

Trop de raccourcis

La journaliste Corinne Péhau a obtenu l'autorisation exceptionnelle de filmer l'intégralité des audiences. «J'étais intéressée par la discordance entre le fait divers et le procès, indique-t-elle. Par manque de temps et de moyen, la presse fait souvent des raccourcis. On voit par exemple que la prescription de Viagra à Francis Evrard à sa sortie de prison peut être choquante, mais elle n'a rien à voir avec le viol d'Enis.» Le spectateur se retrouve ainsi à la place du jury de la cour d'assises, dans un des cas les plus sensibles qui soient, l'agression sexuelle d'un enfant.

«Le terme de pédophile est apparu dans les années 1970 quand des adultes revendiquaient le droit d'avoir des relations avec des mineurs, explique Anne-Claude Ambroise-Rendu, maître de conférence à l'université Paris-X, qui a réalisé l'enquête “Un siècle de pédophilie dans la presse”. Puis à partir du milieu des années 1980, on a basculé dans la réprobation unanime.» La parole est alors aux victimes qui brisent un long silence.

Les cas les plus dramatiques

Avec l'affaire Dutroux, «une confusion naît entre pédophile et tueur d'enfant», ajoute Anne-Claude Ambroise-Rendu, pour qui le premier est devenu «une figure moderne de l'effroi». Avec le risque d'induire une vision déformée du réel. «La majorité des cas d'abus ont lieu dans le cadre familial ou proche, rappelle Laurie Boussaguet, maître de conférence à l'université Saint-Quentin-en-Yvelines. Mais il est plus facile de dire aux enfants de se méfier de l'étranger.»

Pour Anne-Claude Ambroise-Rendu, «il est normal que les médias mettent l'accent sur les cas les plus dramatiques». Selon elle, «chaque société a besoin de mons­tres. Les pédophiles sont les nôtres.» Elle note néanmoins que les discours plus nuancés des psychiatres et magistrats trouvent plus souvent leur place dans les articles. «Ils apportent un peu d'eau froide à un sujet bouillant.»

L'affaire évrard

Sorti de prison le 2 juillet 2007, Francis Evrard viole Enis, âgé de 5 ans, six semaines plus tard. Des faits qui vaudront à ce multi-récidiviste une condamnation à trente ans de réclusion avec une peine de sûreté de vingt ans.