La conférence de presse, ça cartonne direct

alice coffin

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Laurent Blanc, une véritable star du petit écran, depuis qu'il a pris la tête des Bleus.
Laurent Blanc, une véritable star du petit écran, depuis qu'il a pris la tête des Bleus. — SICHOV / SIPA

Si la France était une dictature, son Kim Jong-iI s'appellerait Laurent Blanc. Mais nan, c'est pas vrai. Simplement, ces derniers jours, le coach des bleus est intervenu seul face aux micros, à plusieurs reprises, et au même moment sur trois chaînes de télévision françaises (LCI, iTélé et BFM TV). Normal, on était en période de matchs des Bleus, et en période de match des Bleus, « l'exercice est très suivi. Surtout depuis la Coupe du monde où les conférences étaient retransmises chaque jour », explique Xavier Bodin-Hullin, directeur des Opérations d'iTélé.
L'explication n'est pas seulement conjoncturelle. Car, les stars du genre ne sont pas que des coachs, et leur diffusion, quoique récente, est plus ancienne que le Mondial. Points presse de la ministre Roselyne Bachelot pendant l'alerte à la grippe A sur iTélé, ou conférence de presse de présentation du budget 2 011 de Christine Lagarde retransmise sur LCI fin septembre, l'attestent. « On aurait jamais vu cela il y a quelques années, note Olivier Baisnée, coauteur de l'enquête “L'économie de l'info en continu”, parue dans la revue Réseaux. C'est une manière de faire l'événement, même s'il n'y a pas d'événement. »

Contrer la concurrence du Net
Si Laurent Drezner, directeur de la rédaction de LCI, précise qu'« il y a un choix éditorial, on ne suit pas toutes les conférences », il est d'accord sur un point : « Ce qui explique les cartons d'audience de ces programmes, c'est le mot inscrit en haut à gauche de l'écran : direct. »
Regarder Christine Lagarde commenter un graphique n'est pourtant pas télégénique. « Mais ça le devient quand c'est en direct, estime François Jost, auteur de Les médias et nous (Ed. Bréal). Le direct met en valeur la télé, et elle en a besoin face au Net. » Quitte à dénaturer l'exercice. « Ces conférences n'ont pas vocation à être ainsi retransmises, note Guy Lagache, auteur de La Télévision (Ed. CNRS). C'est bizarre de ne pas bien entendre les questions de journalistes, de regarder un homme face aux micros avec des voix surgies d'ailleurs… »
Bizarre pour l'expert, mais pour le téléspectateur, « ça donne un petit côté making of, l'impression d'être dans les coulisses, note Laurent Drezner. Tout ce qui est info brute sans montage cartonne. » Alors, rendez-vous à 11 h pour la conférence de presse d'après-match de Laurent Blanc.

le cas sarkozy

Si une seule « véritable » conférence de presse a eu lieu, celle, restée célèbre, du 8 janvier 2008, les interventions du Président face aux journalistes à Bruxelles, à Londres ou à New York, font parfois l'objet de longs directs.