La télé ravive la mémoire enfouie des harkis

Alice coffin

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Le docu s'attache aux Algériens engagés avec la France pendant la guerre d'Algérie.
Le docu s'attache aux Algériens engagés avec la France pendant la guerre d'Algérie. — CC&C / FRANCE 3

« Il y a les préjugés, des méconnaissances, des zones d'ombre... C'était la mission du service public d'offrir à un large public la recherche d'une vérité sur ceux qui, quoi qu'on en dise, sont encore associés au mot “collabo” : les harkis. » Ainsi Patricia Boutinard-Rouelle, la directrice des documentaires de France Télé, explique-t-elle le choix de diffuser ce soir à 20 h 35, sur France 3, La Blessure - La tragédie des harkis.
Le film, signé des auteurs du documentaire événement Apocalypse, Daniel ­Costelle et Isabelle Clarke, retrace le parcours des 200 000 Algériens engagés dans l'armée française pendant la guerre d'Algérie. Puis abandonnés, sur place, par la Fran­ce ou parqués dans des camps lorsqu'ils furent rapatriés.

« Du mal à affronter son passé »
« Cela a été douloureux de trouver le ton juste, explique Isabelle Clarke. Compliqué d'obtenir des témoignages. On voulait que ce soit des harkis qui racontent leur histoire. » Un point capital selon Da­lila Kerchouche. Journaliste au Figaro, elle est l'auteur de Mon père ce harki, adapté à l'écran sous le titre Harkis, avec Smaïn. C'est l'unique fiction télé sur le sujet, diffusée en 2006 sur France 2. « On commence à entendre la voix des harkis. J'ai participé à de nombreuses émissions, ou jamais un seul n'était invité. Il y a eu une défaite des médias sur ce sujet. La presse ne leur accordait que méfiance ou indifférence. Là, la lecture idéologique disparaît. » La journaliste note néanmoins que malgré les bonnes audiences du téléfilm, la sociéte peine à reconnaître « l'ampleur » de ce qui a été infligé aux harkis.
Patricia Boutinard-Rouelle confesse « un retard de la France dans la capacité à affronter son passé », et estime ce film « important vis-à-vis des jeunes Français issus de l'immigration ». Un docu engagé donc ? « Non, il n'est pas là pour justifier une revendication, mais établir une vérité historique, souligne Michael Gamrasni, historien qui a participé au film et au livre qui l'accompagne [La Tragédie des harkis]. Mais cette histoire a été occultée et elle est liée à une guerre des mémoires. Il est probable que s'il est perçu comme à l'avantage des harkis, le film sera utilisé de façon politique. » D'autant que sa diffusion intervient quel­ques jours avant le 25 septembre, déclaré en 2001 par Jacques Chirac « journée d'hommage aux harkis ».

Une voix en soutien

Comme ceux d'Apocalypse, les commentaires de La Blessure sont lus par Saïd Taghmaoui, acteur révélé par La Haine de Mathieu Kassovitz. « Le fait qu'en tant qu'enfant d'immigrés il ait accepté de soutenir le film, estimant qu'il respectait un équilibre,a été très important pour nous », souligne Daniel Costelle.