Vincent Goulet: «Il y a un rapport de classes dans la consommation de l'info»

INTERVIEW Le chercheur s'est intéressé aux milieux populaires...

Recueilli par alice coffin

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Ancien monteur pour la télévision, Vincent Goulet est enseignant-chercheur à l'université de Nancy-II. Il publie un ouvrage tiré de sa thèse, Médias et classes populaires (éd. INA).

Pourquoi avoir enquêté sur la consommation des médias dans les milieux populaires?
D'abord parce qu'ils représentent encore 60 % de la population! Et puis le discours tenu dans ces milieux est plus intéressant que celui très convenu et un peu lassant des milieux cultivés. Les lecteurs des Inrockuptibles ou Télérama ne sortent pas beaucoup de la dénonciation des journalistes.

Ce qui n'est pas le cas dans les milieux plus populaires?
Sauf chez les individus les plus politisés, il n'y a pas le côté critique «à priori» qu'on trouve chez les classes moyennes. Mais, au contraire, l'idée que les journalistes font leur boulot, et que s'ils disent quelque chose, c'est qu'il y a bien quelque chose de vrai. Mais surtout, s'indigner devant les injustices et les malversations des «puissants» est une façon de garder la face malgré la domination sociale. Il y a un rapport de classes dans la consommation de l'information..

Vous parlez d'« usages ordinaires des informations », c'est-à-dire?
Les informations sont reçues comme des biens culturels. Dans les milieux supérieurs, ce sont les pièces de théâtre, le dernier film sorti. Là, ce sont les infos données sur les faits divers, les people, le sport ou les problèmes écos, qui alimentent les conversations et les visions du monde de chacun.

Les médias sont-ils adaptés à ce genre de consommation?
Beaucoup moins qu'au XIXe où il existait une presse populaire de masse, mais quelques titres remplissent encore cet office au plan national ou régional.