Des révélations en ligne et en séries

SCOOPS L'affaire Bettencourt est un évènement politique mais aussi médiatique...

Alice Coffin

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«Eric Woerth a enfin une bonne influence sur les chiffres de la croissance: celle des abonnés à Mediapart!» Ils sont rigolos les internautes de Mediapart. Et n'ont pas tort. Le site fondé il y a deux ans par Edwy Plenel enregistre de cent à trois cents abonnements quotidiens supplémentaires depuis la mise en ligne, le 16 juin, des enregistrements des conversations très privées, – mais d'intérêt public (lire encadré) – de Liliane Bettencourt. Le Point, qui avait, le même jour, publié ces enregistrements et suit l'affaire de près, «bénéficie aussi d'excellentes ventes», assure son rédacteur en chef, Hervé Gattegno. Car l'affaire Bettencourt est aussi un événement pour la presse, notamment numérique.

Investigation à l'heure numérique

«Ce genre de séquences médiatiques, avec scoops à répétition et plusieurs organes de presse sur le coup, est très rare, estime Patrick Eveno, auteur d'Ils ont fait la presse (éd. Vuibert). En plus, les journaux étaient anesthésiés depuis quelques années. C'est donc d'autant plus frappant.»

Et différent des autres grandes affaires – du scandale de Panama à l'affaire Clearstream – «parce qu'Internet est là, estime Hervé Gattegno. Chaque journal peut se servir de son site pour sortir, chaque jour, des infos. Avant, on était obligé d'attendre la publication du journal et on avait toujours peur de se faire griller. Là, on balance sur le site et cela crée plus de trafic, donc de ventes. De la saine concurrence!» A examiner le calendrier des scoops, on constate en effet, qu'outre Mediapart ou le point.fr, d'autres sites comme Bakchich ou lemonde.fr ont sorti des révélations.

«Un investissement lourd»

«Auparavant, note Patrick Eveno, ces enquêtes étaient l'apanage du Canard enchaîné ou du Monde. D'ailleurs ce sont des anciens de la cellule investigation du Monde qui ont sorti l'affaire Bettencourt [Plenel et Gattegno travaillaient au Monde]. Il fallait le temps que tout cela se reconstitue.»

A Mediapart, le directeur éditorial François Bonnet explique que ces révélations «sont le fruit d'un positionnement adopté depuis deux ans: un investissement lourd dans l'investigation». Et depuis quinze jours, «la rédaction est complètement mobilisée sur le sujet. C'est une bonne nouvelle pour la presse: quand on sort des infos, les lecteurs sont là!» Au vu des réactions des internautes, pas sûr en effet qu'il suffise à Eric Woerth de taxer lesdites infos «d'allégations totalement à charge d'un site Internet» pour enrayer le mouvement.

Méthode validée

Le Point et Mediapart étaient, jeudi, assignés en référé par Liliane Bettencourt et son conseiller Patrice de Maistrequi demandaient le retrait des enregistrements pirates publiés par les deux médias. Le tribunal a estimé que ces derniers étaient d'«intérêt public».