« Télérama », plus bobo que catho de gauche

Stéphane Leblanc

— 

Télérama, « le journal télé de ceux qui détestent la télévision », fête ses 60 ans.
Télérama, « le journal télé de ceux qui détestent la télévision », fête ses 60 ans. — S. POUZET / 20 MINUTES

« Télérama ne correspond pas à l'image qu'on a de lui ! », regrette Fabienne Pascaud, à la veille de fêter les 60 ans du journal dont elle dirige la rédaction. Mais au fait, quelle est ­l'image de cet hebdomadaire qui voit s'écouler 650 000 exemplaires chaque semaine et dont le lectorat, fidèle, est souvent abonné de longue date ? « C'est un magazine de télévision atypique, le seul à susciter un tel sentiment d'appartenance, constate le spécialiste des marques Marcel Botton. On lit Télérama et on s'affiche avec comme on porte un sac Hermès. C'est une marque de luxe, avec le côté élitiste et le snobisme qui va avec. »

Vincent Delerm, flatteur et moqueur
« Télérama, c'est le journal télé de ceux qui détestent la télévision », pointe le sociologue Jean-Louis Missika. « Nous avons des lecteurs exigeants, qui nous poussent à l'audace et à l'esprit critique », reconnaît Fabienne Pascaud. « Souvent des profs, avec qui on partage les mêmes valeurs en matière de transmission du savoir et de la culture. On fait partie de la même équipe. »
En revanche, les pères dominicains qui ont fondé le journal en 1960 peuvent se retourner dans leur tombe. « A part moi, plus personne ne va à la messe tous les dimanches », sourit Fabienne Pascaud. L'image « catho de gauche » qui a longtemps collé à la peau de Télérama a cédé sa place à un autre cliché, plus « bobo écolo ». Quand Vincent Delerm chante « Tes parents ce sera peut-être/Des professeurs de lettres/Branchés sur France Inter/Et qui votent pour les Verts/Chez tes parents dans ce cas-là/Y aura Télérama », Fabienne Pascaud se dit « flattée… même si on n'est pas loin de la moquerie ». Elle préfère insister sur le coup de jeune apporté depuis que les rubriques sont décloisonnées et « collent mieux à l'actualité ». « Mais ce n'est pas un journal moderne, tonne le coprésident d'Ipsos Jean-Marc Lech. Je vois plutôt Télérama comme une incarnation de la nostalgie. Et ça explique son succès : dans une société en crise, la nostalgie est structurante. » Un avis nuancé par Jean-Louis Missika : « Quand on dit “ce film-là, c'est très Télérama”, on critique une posture culturellement correcte qui consiste à défendre un film exigeant. Mais il y a dans cette défense du mi­noritaire, un refus de la facilité et du tout commercial qui me paraît essentiel dans une époque bling-bling comme la nôtre. » W

anniversaire

Télérama publie aujourd'hui un numéro designé par Philippe Starck en forme de clin d'œil aux soixante années à venir. Le journal édite aussi une anthologie de ses textes les plus marquants dans un coffret en deux volumes intitulé Nos années culture.