Les humoristes n'ont plus droit de cité sur France Inter

RADIO Mercredi matin, Didier Porte et Stéphane Guillon, chroniqueurs de la Matinale et au «Fou du Roi» sur France Inter, ont annoncé à l'antenne qu'ils étaient virés. Alors que deux émissions-phares viennent d'être supprimées de la grille par Philippe Val. Ambiance...

Capucine Cousin

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Jean-Luc Hees, président directeur général de Radio France, lors de la présentation de la grille de rentrée de France Info, le 2 septembre 2009.
Jean-Luc Hees, président directeur général de Radio France, lors de la présentation de la grille de rentrée de France Info, le 2 septembre 2009. — VILLARD / SIPA

Ambiance, dans les couloirs de la Maison Ronde, où l’on raserait presque les murs. Mercredi matin, à 8 heures, dans une chronique plus au vitriol que jamais, Stéphane Guillon l’a presque annoncé: «mes chances d'être à l'antenne l'an prochain sont aussi grandes que celles de l'équipe de France de se qualifier pour le 2e tour», moquant «France inter, une radio de gauche qui licencie comme la pire des radios de droite». Une heure après, le couperet tombait: viré.

En fin de matinée, nouvel épisode: l’humoriste Didier Porte annonçait à son tour avoir été licencié par Philippe Val, patron de France Inter. Un licenciement communiqué par simple lettre recommandée. Problème: si Guillon a orchestré son départ, et «a voulu partir en martyr. Porte, lui, ne voulait pas quitter Inter», confie un journaliste de la radio à 20minutes.fr.

Humoristes trop politiques?

Ce n’est pas vraiment une surprise. La tension était montée ces dernières semaines entre les deux humoristes et Philippe Val, sans doute à cause de leurs chroniques trop… politiques, depuis celle où Guillon pointait les mœurs de DSK. Classique: les humoristes s’en prennent souvent au pouvoir en place.

Mais là, les politiques visés n’hésitent plus à appeler la direction de Radio France. Et ce d’autant plus à 2 ans des présidentielles. «Je crois savoir que le ministre Christian Estrosi a écrit à la présidence de Radio France pour se plaindre de moi», explique Didier Porte à 20minutes.fr. «Au-dessus d’eux, la hiérarchie (Hees et Val) s’excuse auprès de Besson, dîne en ville avec de gens qui se plaignent de Porte et Guillon, sont dans une attitude assez répressive», enrage un journaliste maison.

Ecoeurement chez les journalistes

Lesquels ne cachent d’ailleurs plus leur écoeurement. Et remettent en cause, en creux, Philippe Val. «Val, démission!», réclamait d’ailleurs le public de Didier Porte, au «Fou du roi» mercredi matin. Stéphane Bern, qui a appris la nouvelle en même temps que son chroniqueur, déclarait en direct qu’elle «en tirerait toutes les conséquences qui s’imposent».

Dans la Maison Ronde, on se lâche. «L’ambiance est pesante, pour ne pas dire pire… Il y a une certaine colère des gens. Jusque là, on nous parlait d’un déplacement de la chronique de Stéphane Guillon, mais il y était opposé. On ne pensait pas qu’il y aurait une suppression pure et simple de la chronique. Porte a été viré tout court, c’est d’une brutalité vraiment inquiétante», confie à 20minutes.fr Lionel Thompson, secrétaire général SNJ-CGT de France Inter.

Philippe Val, les producteurs d’Inter lui «reprochent beaucoup d’être terré dans son bureau, d’être peu accessible. On lui reproche aussi de nous voir menés en bateau sur le devenir de ces deux émissions».

Et de trancher : «la question qui se pose est comment les auditeurs vont réagir. Ils risquent d’avoir une lecture politique de tout cela. Ils risquent de penser que les humoristes ont été remerciés parce qu’ils s’en prenaient à Sarko, alors qu’approche l’échéance de 2012».

Flou total dans les grilles de programmes d’Inter

La semaine dernière, coup sur coup, Philippe Val annonçait la disparition à la rentrée de deux des émissions-phares d’Inter de sa grille de rentrée. Sacrifiées donc, la quotidienne culturelle «Esprit critique» de Vincent Josse, et «Et pourtant elle tourne», de Jean-Marc Four. Sacrifiées également, six émissions nocturnes (« Allô la planète », « Parking de nuit »…).

Du coup, pour la grille de programmes d’Inter pour la rentrée 2010, c’est le flou total. Seuls éléments qui s’esquissent : alors que Jean-Marc Four a été recasé à France Culture, Vincent Josse a proposé une autre émission. Un grand mag culturel qui pourrait débarquer sur la tranche 17 – 19 heures.

L’ambiance, elle, est « pesante, pour ne pas dire pire… Il y a une certaine colère des gens : les producteurs ne peuvent réagir, parce qu’ils sont en négociations pour la reconduite de leurs émissions », précise Lionel Thomson, secrétaire général SNJ-CGT.