Les salariés du «Monde interactif» inquiets de l'état actuel des projets de reprise du «Monde»

MEDIAS Dans un communiqué publié mardi soir, les salariés de la filiale Internet du «Monde» s'inquiètent du flou qui règne quant à leur sort, suite à la publication d'un article de «Médiapart»...

Capucine Cousin

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CHAUVEAU NICOLAS/SIPA

Avant même que l’état exact des projets des repreneurs potentiels du Monde soit connu, qui a ému l'Elysée, il commence déjà à faire du bruit. Deux offres de reprises du Monde – émanant du trio Pigasse-Niel-Bergé d’une part, et de Claude Perdriel associé à Orange et au groupe Prisa d’autre part - étaient remises lundi, le contenu de ces offres a commencé à fuiter, notamment via le site Mediapart.fr.

L’une d’entre elles fait état d’une proposition des repreneurs à fusionner les rédactions du Monde et du Monde Interactif SA – à la grande fureur de ces derniers, qui l’ont fait savoir dans un communiqué publié mardi soir.

Le Monde Interactif SA, filiale Internet du Monde composée du Monde interactif et du Post.fr, actuellement détenu par le groupe Lagardère à hauteur de 34%, serait «valorisé à plus de 100 millions d'euros», assurent les salariés dans leur communiqué.

«Absence du projet de SFA, Orange et Prisa»

Or, la société de personnels du Monde interactif et la société des rédacteurs du Monde interactif s’inquiètent d’être «absentes du projet de "pôle d'indépendance" de SFA (le groupe de Claude Perdriel, propriétaire du Nouvel Observateur, ndlr), Orange et Prisa» .
Et d’enfoncer le clou, en soulignant que «l'arrivée potentielle d'Orange à la direction du MIA est source d'inquiétudes pour l'indépendance éditoriale et stratégique des sites».

Projet de fusion des rédactions?

D’autre part, les rédacteurs évoquent dans leur communiqué une fusion entre les rédactions web et papier du Monde, qui figurerait dans le projet Niel-Pigasse-Bergé.

«Lors d'une rencontre, la semaine dernière, avec les représentants de la SDPMIA, MM. Bergé, Pigasse et Niel nous avaient assuré qu'une disparition du MIA et une fusion des équipes avec celles du journal n'étaient pas à l'ordre du jour. Nous découvrons aujourd'hui qu'il s'agit en réalité du cœur de leur projet», s’alarment-ils dans leur communiqué.

Plan social évoqué dans le projet SFA-PAR - Prisa - Orange

Dans les deux projets, tels que détaillés par Le Monde dans son édition datée du mercredi 23 juin, le sort du Monde Interactif n'est en effet pas évoqué, ni celui de la régie publicitaire du Monde.

L'offre de Claude Perdriel, qui apporterait 100 millions d'euros, prévoit notamment «une modernisation de l'imprimerie, un plan social fondé sur des départs uniquement volontaires, et un élargissement de la formule du supplément week-end», d'après Le Monde, ainsi que plusieurs dispositions garantissant l'indépendance de la rédaction.

«Nous n'avons pas rencontré les porteurs de ce projet. Mais nous avons remarqué que dans leur projet, dont nous avons pris connaissance lundi soir, la société des personnels du Monde interactif n'est pas évoquée, ni celle de Télérama. Nous nous demandons s'il s'agit d'un simple oubli, ou s'il est volontaire», précise à 20minutes.fr Nicolas Enault, président de la société des personnels du Monde interactif.

Quant à l'offre du trio Bergé-Niel-Pigasse, avec un apport initial de 110 millions d'euros, elle prévoit elle aussi des mesures destinées à garantir l'indépendance éditoriale du journal, mais aussi, «les rédactions Web et papier devraient être décloisonnées afin de travailler ensemble», évoque juste Le Monde sans plus de détails.

«Nous les avons rencontrés la semaine dernière. Il n'était pas question de fusionner les deux rédactions. Hier soir, leur projet dont nous avons connaissance proposait pourtant de "ramener dans le périmètre du journal le pôle d'activité du numérique". Et évoquait un "rapprochement des structures juidiques des équipes éditoriales"», s'inquiète Nicolas Enault.

Enfin, il s'étonne que «Le Post ne soit évoqué dans aucun des deux projets».