«Envoyé spécial»: vingt ans d'écritures pour une signature

TELEVISION «Envoyé spécial» fête, ce jeudi soir à 20h35 sur France 2, deux décennies de reportages...

Alice Coffin

— 

Guilaine Chenu et Françoise Joly présentent «Envoyé spécial» depuis 2001.
Guilaine Chenu et Françoise Joly présentent «Envoyé spécial» depuis 2001. — G. SCARELLA/FRANCE2

20 ans, déjà. Avec une accroche aussi bateau, aucune chance que cet article plaise à Françoise Joly et Guilaine Chenu, rédactrices en chef et présentatrices d'«Envoyé spécial». Car si l'émission célèbre ce soir vingt ans de succès hebdomadaires – 4 millions de téléspectateurs en moyenne –, c'est «grâce à une ligne éditoriale qui valorise l'éclectisme des modes d'écriture journalistique, estime Guilaine Chenu. Nous adoptons des traitements différents selon les sujets.»
Autre clé: préserver «un équilibre entre sujets graves et sujets légers», qui font «voyager les téléspectateurs à deux pas de chez eux ou à l'autre bout du monde», note Marie Lherault, sociologue dans le Dictionnaire de la té­lévision (éd. Nouveau Monde).

L'invention de nombreux styles

Au lancement par Paul Nahon et Bernard Benyamin, «Envoyé spécial» était surtout le seul mag'de reportages en soirée depuis «Cinq colonnes à la une». Très vite, elle impose un style, avec notamment la venue des journalistes en plateau pour défendre leurs sujets. En vingt ans, l'émission «qui fait figure de dinosaure dans le paysage audiovisuel français», comme le note aussi la sociologue, a décliné pas mal de styles, développés par d'autres.
Par exemple, TF1 se la joue immersion avec Harry Roselmack – le journaliste passe du temps dans le milieu enquêté. «On l'a fait, cela a donné notre sujet préféré, celui de Grégoire Deniau embar­qué avec des passagers clandestins», ra­conte Françoise Joly. Et la méthode «Infiltrés» pratiquée sur leur chaîne? «On l'a fait aussi. Dans un reportage sur l'électroménager. Passer pour un client en caméra cachée était le seul moyen d'avoir des réponses de Darty.»

La concurrence du «Loft»

Le sujet prime donc. Pour un reportage sur les prisons, «comme c'est impossible d'accès, on a diffusé des images filmées par les détenus de Fleury-Mérogis». Il y a aussi des sujets écrits à la première personne – tendance venue des Anglo-Saxons – «qui s'adapte bien à la nouvelle génération de reporters qui partent seuls. L'écriture journalistique se diversifie. La téléréalité a aussi soulevé des questions sur la façon de raconter des histoires», note Guilaine Chenu, pas rancunière. Quand Françoise Joly et elle reprirent l'émission, en 2001, elles affrontèrent, chaque jeudi, «la concurrence d'un petit scud», venu de M6 et appelé... «Loft Story».

Emission spéciale

Ce jeudi soir, en compagnie de Paul Nahon, Benard Benyamin Françoise Joly et Guilaine Chenu, des invités – Michel Denisot, Christophe Barbier, Nicolas Poincaré, Isabelle Giordano et Arlette Chabot – commenteront des extraits du magazine.