Un hiver très rude pour le pluralisme journalistique lyonnais

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A Lyon, la presse écrite broie du noir

La vente du quotidien Le Progrès par Dassault à France Est Medias (Est Républicain), officialisée hier, risque selon les syndicats d'entraîner un nouveau dégraissage après plusieurs plans sociaux

Une dizaine de journalistes seraient déjà prêts à quitter l'entreprise, qui perd lecteurs et millions depuis une dizaine d'années

« Il y a peu de chances qu'ils soient remplacés », soupire un rédacteur

Mais les déboires du quotidien historique ne profitent guère aux journaux indépendants

En septembre dernier, un léger vent d'optimisme et de pluralisme avait pourtant soufflé avec l'apparition de nouveaux titres

Six mois après son lancement, Tribune de Lyon, qui avait fait le pari hebdomadaire de l'enquête et du reportage, est confronté à des « pertes abyssales », faute de pub et de lectorat suffisant

Le titre tente laborieusement de se relancer avec une rédaction réduite et des sujets moins abrasifs

Le sort de son turbulent concurrent Lyon capitale, créé en 1994, qui a déposé son bilan début janvier après un conflit avec son actionnaire principal sur fond de tension avec le maire de Lyon, doit être examiné aujourd'hui par le tribunal de commerce

Des candidats à la reprise du journal, qui a rarement dépassé les 5 000 ventes en kiosques, ont déjà fait savoir qu'ils ne souhaitaient garder qu'un tiers des trente salariés

« A Lyon, Le Progrès n'a pas su s'adapter au changement de vie des urbains

Et les hebdos n'ont pas trouvé la bonne formule pour susciter un achat chaque semaine », avance Jean-François Tétu, spécialiste des médias à Sciences-Po Lyon

Seuls Les Potins d'Angèle, hebdo satirique lancé en septembre, se satisfait de sa poignée de milliers de lecteurs

Ainsi que le mensuel Lyon Mag', qui après avoir souvent malmené ses confrères, plaide désormais « pour un regroupement des médias indépendants »

Frédéric Crouzet

crise en série La presse lyonnaise n'en est pas à sa première crise. Au milieu des années 1980, les quotidiens nationaux (Libération, Le Monde, L'Humanité et Le Figaro) avaient lancé d'ambitieuses éditions locales avec des rédactions étoffées. Elles ont été arrêtées au début des années 1990 après la crise publicitaire qui a suivi la guerre du Golfe. Seul Lyon Figaro subsiste aujourd'hui, avec une pagination et une équipe réduite.