La mode se lâche pour mieux se dévoiler

Stéphane Leblanc

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Loïc Prigent a filmé les coulisses des défilés des plus grands couturiers.
Loïc Prigent a filmé les coulisses des défilés des plus grands couturiers. — Y. CHETRIT / ARTE

La haute couture défile cette semaine à Paris. Et sur les écrans : Arte poursuit ce soir, comme chaque jeudi, la diffusion de sa série documentaire « Le Jour d'avant ». Fait rarissime dans un milieu très sourcilleux de son image, Loïc Prigent a réussi à plonger sa caméra dans l'effervescence artistique, parfois hystéri­que, de créateurs - Karl Lagerfeld, Jean Paul Gaultier, le duo Proenza Schouler (avec les révélations d'Anna Wintour, directrice de Vogue US, ce soir), Sonia et Nathalie Rykiel (jeudi prochain) - à quarante-huit heures de leur défilé.

« Je portais ce projet depuis dix ans, confie Kornelia Theune, directrice de l'unité documentaires et magazines d'Arte. Le sésame est venu de Loïc. » Les stylistes connaissent depuis longtemps ce journaliste discret, spécialiste de la mode. « C'est un monde qui aime qu'on s'intéresse à lui », note Alexandra Golovanoff, présentatrice de « La Mode, la mode, la mode » à 20 h 25 tous les jours sur Paris Première. Reste la peur, souvent justifiée, des grands de la couture d'être copié, à l'heure des photos sur Internet et de la contrefaçon à grande échelle. Forcer le verrou de la communication reste donc l'apanage de rares privilégiés. « Karl Lagerfeld qui commente les images de son défilé à peine terminé, il n'y a qu'avec moi qu'il fait ça », s'enorgueillit la journaliste.

Et c'est fort de la réussite de Signé Chanel, son précédent documentaire, que Loïc Prigent a pu « filmer les créateurs dans l'action » et échapper ainsi à leur discours formaté. « J'ai bien conscience que les maisons qui ont joué le jeu sont celles qui n'ont pas de cadavres dans leurs placards », admet-il. Car beaucoup ont refusé, « et aujourd'hui, s'en mordent les doigts ! », sourit Kornelia Theune. W

« Le Jour d'avant », à 20 h 35, sur Arte.