Les radios généralistes en retard sur le Net

MEDIAS Alors qu'Europe1 sort un nouveau site, la plupart des stations n'ont pas encore trouvé la bonne formule pour s'imposer dans le paysage des sites d'infos...

Sandrine Cochard

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Internet est-il incompatible avec les radios françaises? Un coup d’œil sur les résultats d’audience des sites des principales stations suffit à s’en convaincre tant celles-ci sont à la traîne des sites d’infos leaders. Pourquoi ont-ils tant de mal à s’imposer?
 
Retard à l’allumage
 
«J’ai le sentiment que la presse a eu plus de facilités à se mettre à Internet, explique Philippe Chaffanjon, directeur de France Info. Mécaniquement, il est plus simple de mettre des papiers en ligne que des sons. Contrairement à ce qu’on croyait, la culture Internet est plus proche de la presse écrite que de l’audiovisuel: les journaux ont la culture de la mise en page, que l’on retrouve sur Internet, pas les radios.» Les premiers à se lancer se nomment effectivement Liberation.fr en 1995, Lemonde.fr en 1999 et Lefigaro.fr l’année suivante.
 
«Pour les journaux, se lancer sur Internet était aussi une question de survie, renchérit Tristan Jurgensen, directeur général de RTL Net. C’était un moyen de diversifier ses sources de revenus à l’heure où le modèle de la presse écrite était en crise. Les radios étaient moins acculées, en tout cas moins rapidement.» Depuis, les stations ont développé leur site et ont dû réglé une question notamment: comment éviter de se concurrencer, alors que les deux supports fonctionnent sur le même tempo? Un faux problème selon Philippe Chaffanjon. «Au contraire, c’est d’autant plus facile de s’adapter au web pour des gens qui avaient déjà l’habitude de fournir de l’information en continu», assure-t-il. Quant aux traitements des exclusivités, aucun canal n’est privilégié sur l’autre selon le directeur de France Info qui reconnaît toutefois que «naturellement, on va d’abord vers la radio mais parce que nous sommes d’abord une radio». Même logique chez RTL et Europe 1.
 
Le poids de la marque
 
C’est sans doute pour cela que les sites des radios restent, pour la plupart, une vitrine de l’antenne. «En général, les sites des radios fonctionnent comme des compagnons de l’antenne avec une équipe web qui met en ligne des sons diffusés», confirme Augustin Vexiau, directeur d’Europe1.fr (lire son interview en cliquant ici). Ainsi celui de France Inter, pourtant deuxième radio la plus écoutée de France, propose essentiellement de la réécoute de la station. Sur France Info, où le site est davantage développé d’un point de vue éditorial, on reconnaît toutefois la grande influence de l’antenne sur le site. «Environ 80% de nos articles sont faits en fonction de ce qui est décidé pour l’antenne, les 20% restants sont en revanche des purs produits du web», explique Frédéric Wittner, rédacteur en chef de France-info.com.
 
Une proportion qui grimpe à 100% sur RTL.fr, où «il n’y a pas de contenus propres», reconnaît Tristan Jurgensen. Ce qui n’a rien d’un problème selon lui. «La porte d’entrée, ça reste la radio, affirme-t-il. C’est une opportunité géniale de pouvoir en profiter. D’ailleurs, mon meilleur vecteur de publicité, c’est l’antenne.» Selon lui, plus le site est cité à l’antenne, plus son audience grimpe. Même constat sur Europe1.fr où le directeur du site, Augustin Vexiau, espère bien s’appuyer sur les têtes d’affiche de la station pour renvoyer vers le nouveau site.
 
«Nous avons bénéficié de la marque»

La marque, qui préexiste au site, est évidemment un atout. «Nous avons bénéficié de la marque France Info, qui nous a évité d’avoir à démontrer notre crédibilité sur le Net», soutient Frédéric Wittner, rédacteur en chef du site. Mais le prestige des radios ne fait pas tout. «Le succès de France Info ne nous a pas placés d’emblée parmi les sites d’information les plus consultés», concède Frédéric Wittner. Ainsi, alors que France Info attire en moyenne 4,5 millions d’auditeurs par jour, le site revendique environ 900.000 visiteurs uniques (VU) en novembre 2009.
 
Europe1.fr s’en tire mieux, avec 1.823.150 VU en octobre dernier (chiffres Nielsen/Netratings) tandis que RTL a attiré 2.413.600 VU sur la même période. De quoi permettre à cette dernière de revendiquer le titre de «premier site radio de France». A titre de comparaison, lefigaro.fr – qui est le premier site d’info en France – en attire 6,1 millions (chiffres d’octobre 2009 toujours) et a même enregistré un pic de 6,6 millions VU en juin dernier. C’est justement le nombre d’auditeurs journaliers de la station RTL. Lorsque les radios sauront capter sur Internet l’audience de leur antenne, il y a fort à parier qu’elles redistribueront les cartes.