« On a souvent des clichés sur la prostitution »

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Une partie du tournage a eu lieu à la fac de Besançon, des étudiants étaient figurants. Spontanément, ont-ils discuté du sujet ?

Pas du tout. C'est tabou et très souterrain. Je n'ai eu aucune réaction, ni pour en parler, ni pour contester l'existence d'une prostitution étudiante.

Avez-vous rencontré Laura D. ?

Oui, j'avais besoin d'incarner l'histoire, et la rencontrer m'y a aidée. Ce qui est frappant, c'est que rien ne la prédisposait à vivre cela. On a souvent des clichés sur la prostitution : une fille sexy, une lolita. Laura est l'opposé de cette image. Elle m'a beaucoup aidée à comprendre, sans intervenir sur les choix artistiques, en me faisant confiance.

A-t-elle vu le film ?

Oui, et elle est venue sur le tournage. Cela a été éprouvant pour elle, car les scènes n'édulcorent pas sa souffrance. Elle m'a dit que j'étais au plus près de ce qu'elle avait vécu, comme si je l'avais suivie dans la chambre d'hôtel, y compris par des détails qu'elle n'avait pas livrés.

Pas de happy end ?

Je tenais à ce que la fin du film soit ouverte, à ce qu'on ne sache pas si Laura avait arrêté la prostitution en venant à Paris, laisser le doute sur le fait qu'elle allait pouvoir s'en sortir. Malgré la pression de l'argent, des loyers... W

Recueilli par A. K.