Clichés et confusions sur les migrations

Alice Coffin

— 

Lors du démantèlement très médiatique de la « jungle » de Calais, le 22 septembre.
Lors du démantèlement très médiatique de la « jungle » de Calais, le 22 septembre. — JOBARD / SIPA

« Quelles images des réfugiés et des étrangers dans les médias ? » C'est le thème du débat organisé, ce matin, par France-Terre d'asile. Pierre Henry, le directeur général de l'association, Virginie Sassoon, de l'Institut Panos spécialisé dans « l'appui au pluralisme médiatique », et Nadir Dendoune, journaliste indépendant auteur de Lettre ouverte à un fils d'immigré, ont leur idée sur la question.

G

Un sujet mal traité. Plutôt que sous-traité. « Pour le récent démantèlement de la « jungle » de Calais, il y avait un cameraman pour cinq migrants, note Pierre Henry. Mais c'est la manière d'aborder cette actualité qui pèche. » De l'évacuation de l'église Saint-Bernard à celle du squatt de Cachan, « on est toujours dans un registre émotif, émotionnel, en particulier à la télévision, poursuit-il. Quand vous montrez des flots de migrants à un endroit, sans expliquer pourquoi ils sont là, cela génère des inquiétudes dans la population ! » Un problème d'images, mais aussi de mots. « Les médias ne savent pas nommer, donc tout est amalgamé, ajoute Pierre Henry. Demandeurs d'asile, migrants, sans-papiers. Pour éviter la désinformation, encore faut-il savoir qui est qui. »

G

Quelle rubrique, quels journalistes ? Pour expliquer ce mauvais traitement, Virginie Sassoon invoque « le manque de spécialistes et de moyens dans les rédactions. Du coup, les informations publiées sont très souvent le fruit d'enquêtes des ONG, car les journalistes ne peuvent s'en charger. » Des journalistes qui, dixit Nadir Dendoune, « gagneraient à être plus représentatifs de la population. Il y a très peu de fils d'immigrés dans les rédactions. » Enfin, le sujet « devrait être davantage abordé en pages internationales qu'au rayon faits divers ou, au mieux, société, affirme Pierre Henry. Cela permettrait de le traiter dans sa globalité. »

G

Et ailleurs ?

Si la presse anglo-saxonne « est très trash, avec une désignation de la population étrangère comme bouc émissaire », note Pierre Henry, les journalistes italiens ont, eux, promulgué une charte visant à mieux couvrir le sujet. Elle préconise des programmes de formation pour les journalistes, l'emploi de termes juridiques appropriés et plus de rigueur dans la protection de l'identité de certains témoins. « Des pistes à suivre », conclut Pierre Henry. W