«L'esprit Canal, c'est être différent»

INTERVIEW Bertrand Meheut, le président de Canal+ depuis 2002 fête aujourd’hui les 25 ans du groupe...

Recueilli par Anne Kerloc'h

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B. DESPREZ / VU / CANAL +

Il y a vingt-cinq ans, le 4 novembre 1984, André Rousselet lançait une «quatrième chaîne», payante et cryptée, soit une première en France. Bertrand Meheut, président de ce qui est devenu aujourd'hui un groupe audiovisuel, détaille à 20 Minutes ses points forts et ses axes de développement.

Quelle vision aviez-vous du groupe quand vous en avez pris la tête en 2002 ?

Très positive. C'est ce qui a guidé ma décision alors que le groupe allait franchement très mal. Tout le monde disait que le modèle Canal était mort. Moi, j'étais convaincu qu'avec une telle marque, un tel historique, un tel nombre de clients, on ne pouvait que se développer.

Vous étiez déjà sensible à l'époque à «l'esprit Canal»?

Pour moi, l'esprit Canal, c'est être différent. La différence n'est pas la même qu'il y a dix ou vingt ans, les attentes ont évolué, mais une chose ne change pas: nos émissions, nos fictions ne sont pas consensuelles. Nous sommes aussi le groupe qui investit le plus dans les programmes : deux milliards d'euros par an.

Vous avez hésité avant de prendre le poste ?

Ce n'est pas mon genre ! Je me suis juste laissé le week-end pour donner ma réponse. Venant de sociétés industrielles plus classiques, c'était une innovation pour moi, la télévision.

Et depuis?

Je m'y sens très bien. Ce monde, réputé pour ses paillettes, ne m'a pas interloqué longtemps, car la télévision est une activité comme une autre. Simplement, elle est plus attractive : on s'occupe du loisir des Français.

Quelles ont été vos dernières satisfactions ?

Avoir inscrit Canal+ dans l'ère du numérique. Cela s'est traduit par le lancement de nouveaux services comme la télé à la demande ou la HD. Je suis aussi satisfait des offres week-end ou sans engagements, qui prennent en compte le contexte économique nouveau.

Vous en avez déjà tiré un premier bilan ?

C'est un peu tôt. La tendance est positive, même si j'aimerais que ces offres se développent encore plus vite.

En période de crise économique, Canal+ se porte bien...

Nos émissions plaisent, les annonceurs suivent. Quant au public, il a besoin de divertissement et nous lui offrons du loisir à 1 euros par jour : une soixantaine de sports, 400 films par an, des fictions télé inédites...

Pour l'anniversaire des 25 ans, vous avez invité des abonnés de la première heure à assister à l'émission de leur choix...

Ils ont un lien très fort avec la chaîne, se vivent comme des partenaires, presque des actionnaires de Canal !

Vous misez sur l'international, avec un bouquet payant au Vietnam en 2010, mais aussi dans la production. Ainsi, la série « Les Borgia », écrite par Tom Fontana, le scénariste de « Oz ».

Le métier de la télévision payante est universel. Il est donc logique de se tourner vers l'international.Pour nos fictions originales, nous avons l'ambition d'imposer des standards de haute qualité, ce qui passe parfois par des partenariats avec des producteurs étrangers.

Comment défendre vos chaînes thématiques, comme «Planète», par exemple, face à la concurrence de la TNT gratuite ?

Le contenu, le contenu, le contenu... Les programmes doivent être de qualité supérieure. Il y aura peut-être, à terme, une rationalisation du marché des chaînes thématiques, c'est la vie de tous les secteurs.

Le journal Les Echos a évoqué une plate-forme commune de vidéo à la demande entre vous, M6, TF1, sur le modèle d'hulu.com...

C'est un projet mais... la vie bouge très vite. Le groupe Murdoch, propriétaire principal d'Hulu, a annoncé qu'il allait passer au payant car le modèle actuel n'est pas rentable. Il va donc falloir analyser la situation.

Vous êtes ouvert à des opérations avec des télévisions gratuites ?

On pourrait imaginer de mutualiser certains aspects comme l'achat de droits ou la technologie. Cela aurait du sens.

A l'occasion du départ d'Axel Duroux de TF1, le nom de Rodolphe Belmer, votre numéro 2, a été évoqué...

Je serais évidemment triste s'il partait. Je ne suis pas dans la tête de Rodolphe, mais, entre être numéro 2 de Canal, avec la perspective éventuelle d'en devenir un jour numéro 1 et numéro 2 à TF1 qui est dans une situation peu simple... bon. Mais, si son nom est prononcé, c'est la rançon du succès !

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