Personnes handicapées, bonjour l'invisibilité

MEDIAS Le CSA déplore leur manque de représentation à la télévision...

A. C.

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Extrait de la série de TF1 « Mes amis,
mes amours, mes emmerdes ».
Extrait de la série de TF1 « Mes amis, mes amours, mes emmerdes ». — E. CHOGNARD / TF1

Le CSA a publié, hier, sa première étude sur la représentation des personnes handicapées à la télévision. « Pas besoin de faire une grande enquête, a soupiré un des sages. Il suffit de regarder son poste pour constater leur absence. » Ou leur « quasi-inexistence ».

Les personnes handicapées ne représentent, en effet, que 0,22 % des personnes indexées dans le baromètre CSA (lire ci-dessus). « Alors qu'elles sont 5 % dans la population, note Jean-Marie Barbier, le président de l'Association des paralysés de France. C'est catastrophique mais pas étonnant. » Ni nouveau.

L'universitaire Delphine Combrouze a réalisé plusieurs enquêtes sur le sujet depuis les années 1990. « Il n'y a pas d'évolution », estime-t-elle. Même si, hors de la plage horaire de l'enquête (17 h-23 h), les chiffres seraient meilleurs. Car en access et en prime, tout ce qui compte, c'est l'audience, donc la télégénie. En gros, on se dit qu'aucun téléspectateur ne s'identifiera à un handicapé, alors on n'en met pas. »

Et encore, estime Melchior Derouet, acteur et aveugle, « parmi les 0,22 % recensés, 10 % seulement le sont dans la vie. Les autres sont des acteurs qui incarnent un handicapé, parfois n'importe comment ! Je vous assure qu'un aveugle ne passe pas sa vie à tartiner les murs ou à compter ses pas ! » Du coup, les rôles tenus sont souvent « fantasmagoriques », affirme-t-il.

Dans les fictions, « une personne handicapée va être un méchant, un héros, une victime ou quelqu'un qui devient handicapé au cours du scénario car il a fauté », décrypte Delphine Combrouze. Exemple dans « Mes amis, mes amours, mes emmerdes », avant-hier sur TF1. Un des personnages devient paraplégique après un accident de voiture. Sa femme venait de découvrir qu'il l'avait trompée.

Côté magazines ou infos, ce n'est guère mieux. « Pour des raisons d'accessibilité, estime Jean-Marie Barbier. Et cela ne s'améliore pas : plus on fait des plateaux design, moins ils sont pratiques. Le pire, c'est les jeux télé. » Et de citer le sketch, « toujours d'actualité », des Inconnus, « Questions pour du pognon ». Un candidat manchot s'y défonce le crâne à force de devoir taper avec sa tête sur le buzzer. Mieux vaut en rire.