France Télévisions se fragilise, selon la Cour des comptes

Aurélien Romano

— 

Le Conseil constitutionnel, qui avait été saisi par les sénateurs socialistes de la loi sur la réforme de l'audiovisuel public, a validé l'essentiel du texte, a-t-on appris mardi auprès du Conseil.
Le Conseil constitutionnel, qui avait été saisi par les sénateurs socialistes de la loi sur la réforme de l'audiovisuel public, a validé l'essentiel du texte, a-t-on appris mardi auprès du Conseil. — Jean Ayissi AFP/Archives

La Cour des comptes a présenté jeudi un rapport sans concession sur la gestion de France Télévisions. Le rapport pointe des «objectifs d’audience peu ambitieux» et des «résultats économiques et financiers préoccupants». Jean Picq, le président de la troisième chambre de la cour explique à 20minutes.fr que «la nouvelle donne de l’audiovisuel public vaut la peine que nous disions ce que nous pensons de France Télévisions de ses comptes et de sa gestion, afin d’éclairer la réforme en cours et de fournir une feuille de route à l’entreprise».

Le rapport pointe une entreprise «fragilisée» pour trois raisons. D’abord, le contexte audiovisuel a beaucoup changé au cours des cinq dernières années avec notamment l’apparition de la TNT. Ensuite, pour la première fois de l’histoire de la holding France Télévisions, l’entreprise affiche des pertes. Enfin, le rapport souligne «une très grande instabilité stratégique» avec par exemple la choix du satellite puis son abandon.

La cour des comptes s’intéresse aussi aux défis de la nouvelle télévision publique. Des défis à la fois technologiques et organisationnels – la société va devenir unique. Le rapport souligne aussi des «objectifs difficilement conciliables». Notamment obtenir des programmes de qualité, une audience la plus large possible, le financement de la création et de la production indépendante tout en équilibrant les comptes. Comme le souligne Jean Picq, «il y a un devoir d’exemplarité en terme de programmes et de comptes quand on est une entreprise publique».

Trop de journalistes?

Le rapport fournit en outre 27 recommandations à France Télévisions. Parmi eux, Jean Picq souligne «les obligations d’investissement qui doivent être exprimées en terme de volume horaire et non financier, une relation plus équilibrée et plus transparente avec les producteurs extérieurs, une utilisation de toute bonne nouvelle en terme de recette comme un moyen de résorber le déficit et fournir des objectifs à l’information».

Ce dernier aspect a été relevé par Lepoint.fr dont l’article pointe un nombre pharaonique de journalistes (près de 2.500 cartes de presse sur 11.000 salariés, soit près d’un quart des effectifs). Joint par 20minutes.fr, France Télévisions renvoie vers la réponse de son patron Patrick de Carolis, consignée dans le rapport de la Cour des comptes. Lequel argue que son entreprise est en pleine mutation («Depuis le précédent contrôle de la Cour sur le groupe public,
portant sur les exercices 2000 à 2004, le paysage audiovisuel s’est en effet radicalement transformé et France Télévisions a relevé le défi du numérique et décliné son offre sur les nouveaux supports»).

France Télévisions assure néanmoins que la Cour des comptes n’a pas pointé un trop gros nombre de journalistes. Pour Philippe Séguin, le président de la Cour, c’est presque plus grave: les effectifs doivent être rapporté aux objectifs, or, dit-il, «des objectifs, il n’y en a pas». Le rapport fustige encore les «structures nombreuses et complexes» qui régissent les différentes rédactions. Comme le signale Jean Picq, des chaînes comme la BBC, outre Manche, rendent public leurs objectifs en terme d’information.

Toujours selon Philippe Seguin, France Télévisions doit se montrer d’une «rigueur de gestion exemplaire». Depuis 2005, les chaînes du groupe ont perdu 5 points de part d’audience alors que, la même année, Patrick de Carolis a lancé «un virage éditorial» qui promettait une reconquête de l’audience.