Où va l'audiovisuel public?

MEDIA La question se pose alors que Jean-Luc Hees, patron de Radio France, et Patrick de Carolis, président de France Télévisions, sont auditionnés mardi par le Sénat...

Sa. C.

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Le Conseil constitutionnel, qui avait été saisi par les sénateurs socialistes de la loi sur la réforme de l'audiovisuel public, a validé l'essentiel du texte, a-t-on appris mardi auprès du Conseil.
Le Conseil constitutionnel, qui avait été saisi par les sénateurs socialistes de la loi sur la réforme de l'audiovisuel public, a validé l'essentiel du texte, a-t-on appris mardi auprès du Conseil. — Jean Ayissi AFP/Archives

L’audiovisuel public passe son grand oral. Jean-Luc Hees, patron de Radio France, et Patrick de Carolis, président de France Télévisions, sont auditionnés mardi après-midi par la commission Culture et Finances du Sénat sur leur contrat d'objectifs et de moyens. Les deux hommes devront détailler leur feuille de route pour l’année à venir. Coup d’œil sur les grands chantiers qui les attendent.
 
Equilibrer les budgets
 
En 2009, France Télévisions a fait mentir les prédictions. Alors que la suppression de la publicité en soirée est entrée en vigueur le 5 janvier dernier, le groupe a engrangé plus de recettes publicitaires que prévu (une cagnotte de 100 millions d’euros sur lesquels le groupe conservera 60 millions d’euros). Résultat: le déficit de France Télévisions passe «de 137 à 67,8 millions», affirme Patrick de Carolis dans une interview à La Tribune.
 
En revanche, la dotation de l’Etat – prévue pour compenser la suppression de la publicité après 20h - passe de 450 millions d'euros à 415 millions pour 2009. Pour 2010, cette aide a été revue à la hausse. Le projet de loi de finances 2010 présenté mercredi dernier prévoit une hausse de 4,1% de dotations aux organismes de l'audiovisuel public, dont une enveloppe de 458 millions d'euros pour France Télévisions.
 
L’heure est moins à la fête chez Radio France. Les recettes publicitaires, qui ne représente que 8% du budget de Radio France ont chuté d’environ 30% cette année par rapport à 2008, en recul de 2 millions d'euros. Autre mauvaise nouvelle pour Jean-Luc Hees: la rénovation de la Maison de la radio, qui a démarré en juin et devrait s'achever en 2016, devrait coûter au total 470 millions d'euros, soit le double des 240 millions prévus initialement. Pour aider le groupe public, l’Etat s'est engagé à verser 8 millions d'euros supplémentaires s'il lui manquait des fonds pour assurer ses missions en 2009.
 
Enfin, l’audiovisuel public (télévision et radio) pourra compter sur un coup de pouce: la redevance «sera revalorisée à 121 euros» en 2010 (contre 118 euros en 2009, ndlr) a annoncé mercredi dernier le ministre du Budget, Eric Woerth.
 
Gérer le social
 
Chez Radio France, Jean-Luc Hees connaît son premier conflit. En cause: la couverture du 9 novembre prochain, date anniversaire de la chute du mur de Berlin, journée durant laquelle le patron de Radio France souhaite fusionner les antennes, au grand dam des syndicats. En désaccord, les différentes stations de la Maison ronde (France Inter, France Info, France Musique, France Culture, Le Mouv', FIP et le réseau France Bleu) menacent toujours de faire grève ce jour-là, malgré les «aménagements» promis par Jean-Luc Hees. Les syndicats maintiennent également leur appel à une «semaine noire» à partir du 12 octobre prochain.
 
Le social est l’un des grands chantiers de Jean-Luc Hees qui doit superviser la refonte de la convention collective des personnels, «inchangée depuis 25 ans», avait-il reconnu lors de son audience devant le CSA, avant sa nomination. Le patron de Radio France s’est accordé 15 mois pour y arriver.
 
De son côté, Patrick de Carolis doit mettre en place la réforme de France Télévisions, encadrée par la loi du 5 mars 2009, qui prévoit la transformation de la holding en entreprise unique, avec le regroupement de chacune des sociétés correspondant à chaque chaîne du groupe au sein d'une société commune. Cette réforme suppose une restructuration (à compter de janvier 2010) et d'une nouvelle convention collective (d'ici mi-juin 2010). Si le premier volet est achevé («nous serons à même de mettre en place la nouvelle organisation dès janvier 2010», affirme Patrick de Carolis à La Tribune), le second, social, est plus délicat. Outre la renégociation de «tous les accords sociaux, au nombre d'une centaine», selon Patrick de Carolis, France Télévisions a également mis en place un plan de départs volontaires avec une règle simple: le non remplacement des postes excepté quelques-uns jugés «au cas par cas».
 
Sauver sa tête?
 
Alors que les rumeurs annoncent, depuis deux ans, la fin de Patrick de Carolis à la tête de France Télévision, le président du groupe, dont le mandat court jusqu’en août 2010, est toujours là. Il aurait même trouvé un allié de choix en la personne de Frédéric Mitterrand, le ministre de la Culture et de la Communication. Mercredi dernier, ce dernier a fait part de son satisfecit concernant la réforme de France Télévisions. Cette réforme «donne à la nouvelle entreprise commune les moyens de son ambition éditoriale, menée par une équipe remarquable», a jugé Frédéric Mitterrand. Et d’ajouter que France Télévisions a proposé un programme «excellent» cet été.