De l'art subtil de l'ébénisterie médiatique

Alice Coffin

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Jean-François Copé promet d'en finir avec la langue de bois dans un livre publié en 2006.
Jean-François Copé promet d'en finir avec la langue de bois dans un livre publié en 2006. — CHAMUSSY / SIPA

Promis, j'arrête la langue de bois. Jean-François Copé, chef du groupe UMP à l'Assemblée, en a pris l'engagement, dans un livre en 2006. C'est justement « à force d'entendre les politiques répéter "arrêtons avec la langue de bois" » que l'historien Christian Delporte a décrypté l'expression dans un livre à paraître mercredi aux éditions Flammarion. Il détaille pour 20 Minutes des exemples de sa démonstration.

Des médias vigilants?

«Le gouvernement a cherché à imposer l'euphémisme "Contribution climat-énergie", mais ça n'a pas pris. Si les médias sont vigilants, ils peuvent lutter contre la langue de bois.» En revanche, elle s'exprime à plein lorsqu'ils maîtrisent mal un sujet. Les questions militaires sont emblématiques. De l'emploi de l'expression «les événements» pour désigner la guerre d'Algérie, aux «frappes chirurgicales» de la première guerre en Irak, c'est le royaume de la langue en chêne massif.

Internet, remède ou plaie ?

Le «Casse-toi pôv con» prononcé par Nicolas Sarkozy ou la récente vidéo polémique de Brice Hortefeux pourraient laisser accroire que le Web offre un espace anti-langue de bois. «Au contraire, le fait que tout le monde puisse être filmé à tout instant amplifie le caractère consensuel des politiques. Ils vont s'adapter en verrouillant encore plus leurs propos.»

Le « parlé cool », le parlé vrai ?

En 2007, Laurent Wauquiez, alors porte-parole du gouvernement, est invité chez Fogiel sur M6. Sur le plateau, il prononce les mots «putain», «connerie», «mec», «vachement». Pourtant, la veille sur France Inter, il parlait de «travail» et non de «boulot», d'«argent» et non pas de «pognon». «La nouvelle langue de bois est d'autant plus difficile à saisir qu'elle ne repose plus sur des formules toutes faites mais sur l'apparence du naturel. Pourtant, même portée par une saillie humoristique, une pirouette est une pirouette.»

«Peut-on éviter la langue de bois ?»

C'est le titre de la conclusion de l'ouvrage. «L'opinion a une responsabilité. Quand certaines mesures sont annoncées sans fioriture, cela ne plaît à personne.» Exemple, Juppé en 1995 et son plan sur les retraites et la Sécurité sociale qui déclenche des grèves massives. «Peut-être que la langue de bois, cela arrange tout le monde finalement...»