« Le genre doit parler des questions de l'époque »

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Une des explications au succès des séries viendrait de leur capacité à coller à l'époque ?

Aux Etats-Unis, le secteur est très concurrentiel : dix pilotes pour un développé, trois séries pour une qui marche. Pour capter le public, la série doit parler des questions de l'époque : les moeurs, l'identité sexuelle, la critique sociale. L'un des héros de « Boston Justice » est célèbre pour ses plaidoiries anti-Bush.

La série serait très féminine ?

Historiquement, les fictions télé, dont les fameux soap opéra, ont visé les femmes au foyer. Les personnages féminins y abondent, même dans les policiers. Il est significatif qu'au fil des décennies, le soap, centré sur la famille s'est déplacé sur le lieu de travail : il suit l'évolution de la condition féminine.

Vous êtes très critique sur l'attitude des élites culturelles françaises...

Elles ne prennent pas le genre au sérieux. Alors que les fans de séries sont experts, les médias généralistes laissent souvent le sujet aux revues spécialisées, au lieu de livrer des critiques aussi abouties que pour le cinéma et la littérature. Le retard colossal de la fiction télé française tient en partie à la définition de ce que doit être la culture, où l'on doit avant tout élever l'esprit, quitte à être loin des préoccupations du public. Alors que la production américaine intègre aussi les critères de succès commercial. W

Recueilli par A. K.

Auteur de Mythologie des séries télé, Edition du Cavalier Bleu, 14,50 euros.