«La Bohème» quitte la scène pour les HLM

TELEVISION Mardi soir, Arte retransmet à partir de 20h05 «La Bohème» de Puccini en direct de la banlieue de Berne...

Anne Kerloc'h, envoyée spéciale à Berne (Suisse)

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Maya Boog et Saimir Pirgu interprètent Mimi et Rodolphe, au milieu des barres HLM.
Maya Boog et Saimir Pirgu interprètent Mimi et Rodolphe, au milieu des barres HLM. — N. BECK / SF

Dans une toux fatale, Mimi s'effondra devant la pizzeria, tandis qu'au loin, les baies vitrées de la tour B hachuraient l'horizon assombri. Ce soir, à 20h05, à l'unisson des télés suisses SF1 et TSR, Arte diffuse La Bohème de Puccini, en direct de la banlieue de Berne.

Budget conséquent

Un exercice vocal et visuel encore plus périlleux que celui de l'année dernière: La Traviata en gare de Zurich.



Entre les barres d'immeubles du Gäbelbach et le centre commercial Westside où s'est installé l'orchestre (juste devant le McDo), il y a en effet 800 mètres, parcourus par trente-deux câbles de fibre optique et filmés par une vingtaine de caméras, dont une «Spiderman» survolant les tours.

Le budget de production est conséquent: 1,8 million d'euros. «On tourne dans différents lieux, la buanderie, des appartements... Il faut gérer les décalages de son», souligne Jean Wittersheim, directeur de l'unité spectacles d'Arte. Le son, objet de toutes les attentions: sur les soixante-dix-sept techniciens présents, trente y sont dédiés, et des chefs d'orchestre relais se tiennent dans chaque lieu, avec un écran de contrôle, pour diriger les chanteurs.

Générale

Dimanche, lors de la générale à laquelle 20 Minutes s'est rendu, léger moment de panique : les interprètes n'entendent pas l'orchestre dans l'oreillette.

«J'ai eu envie d'arrêter plus d'une fois, sourit Rolf Allenbach, responsable technique, mais un tel projet est une chance unique.» Pour l'occasion, les habitants des trois cents logements de la tour B ont été invités à laisser la lumière allumée dans leur salon, et une cinquantaine d'entre eux jouent les figurants. Quant à la mansarde parisienne où s'aiment Rodolphe et Mimi, elle est figurée par l'appartement de Werner Spori, le concierge.

«Du moment qu'on me laisse ma machine à café, tout va bien. J'ai commencé à réaliser l'ampleur du projet quand ils ont débarqué le matériel. Je n'ai jamais vécu quelque chose de pareil», constate-t-il. «Soyons clairs, on peut lancer ces événements parce qu'on est en Suisse, reconnaît Jean Wittersheim. Que l'on tourne dans le centre commercial au milieu des clients ou dans la gare parmi les voyageurs, il y a une discipline, un civisme qui nous mettent à l'abri des incidents de tournage.» Public discipliné pour projet gentiment barré.