Pénurie d'UMP sur France Télévisions

MEDIAS Les chaînes publiques ont été épinglées par le CSA et le secrétaire général de l'UMP, Xavier Bertrand, pour la «sous-représentation» de la majorité...

Sandrine Cochard

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Mercredi, une source proche de l'enquête a indiqué qu'un courrier similaire avec une balle était parvenu au PDG Nonce Paolini au siège de TF1 à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). France Télévisions a également indiqué avoir reçu la même missive.
Mercredi, une source proche de l'enquête a indiqué qu'un courrier similaire avec une balle était parvenu au PDG Nonce Paolini au siège de TF1 à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). France Télévisions a également indiqué avoir reçu la même missive. — Jean Ayissi AFP/Archives

France Télévisions ne joue-t-elle pas le jeu du pluralisme politique? Epinglée début août dans le rapport annuel 2008 du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA), France Télévisions est désormais dans le viseur du secrétaire général de l'UMP, Xavier Bertrand. Celui-ci a dénoncé mardi la «sous-représentation» du temps de parole de son parti sur les chaînes publiques, en particulier sur France 2, faisant référence au fameux rapport publié par le CSA.
 
Règle des trois tiers
 
«Le Conseil supérieur de l'audiovisuel a établi les bilans annuels 2008 des chaînes de France Télévisions. Je relève que le temps de parole dont a bénéficié la majorité présidentielle est nettement inférieur à celui consacré à l'opposition et je déplore la sous-représentation importante de l'UMP», écrit-il dans une lettre au président de France Télévisions, Patrick de Carolis. Le patron de l'UMP lui demande également de «faire connaître les mesures» qu'il compte prendre «pour remédier à cette situation et garantir ainsi l'équilibre politique en matière de temps de parole sur les chaînes de France Télévisions». Contacté par 20minutes.fr, France Télévisions a fait savoir qu’elle n’avait aucun commentaire à faire et que si réponse à Xavier Bertrand il y avait, elle lui serait directement envoyée.
 
Le temps de parole politique est calculé selon la règle dite des trois tiers: elle régit celui de la majorité, du gouvernement et de l’opposition. «La situation est particulièrement marquée sur France 2 où le temps de parole de la majorité représente 19,3% du temps de parole politique, contre 33,5% pour l'opposition», souligne-t-il. «Il n’existe pas de règle écrite en matière de déséquilibre, explique-t-on au CSA. Le principe des trois tiers suppose que chaque partie dispose d’un temps de parole environ égal à 30% du temps de parole total. Nous tolérons une fluctuation plus importante, car le taux de la majorité et celui du gouvernement ont tendance à fonctionner en vase communiquant, mais pas si le temps de parole d’une des trois parties descend sous les 20%.»

«La règle des trois tiers a toujours été problématique, souligne-t-on chez France 2. En 2008 notamment, plusieurs membres du gouvernement occupaient également des fonctions au sein de la majorité. Comment compter leur temps de parole?» «C'est la parfaite illustration qu'il fallait changer cette règle inapplicable», poursuit France 2 qui rappelle que le CSA avait salué sa couverture et l'équilibre des temps de parole des politiques lors de la campagne des élections européennes, en juin dernier.
 
Déséquilibres

 
Le CSA a adressé des «observations fermes» à France 2 en raison de «certains déséquilibres» et notamment «une sur-représentation de l'opposition parlementaire, une sous-représentation de la majorité parlementaire et une insuffisance du temps accordé aux autres formations parlementaires dans ses journaux». Durant l’année 2008, le CSA a détaillé les journaux télévisés de France 2. Bilan: 33,5% de temps accordé à l'opposition parlementaire contre 19,3% à la majorité et 40,7% au gouvernement. Pour les magazines d'information, toujours sur France 2, ces pourcentages sont respectivement de 37,7% (opposition), 11,5% (majorité) et 42,2% (gouvernement). Soit 4h20 de temps de parole pour le gouvernement, 4h29 pour l'opposition et 2h pour la majorité rappelle-t-on à France 2.
 
Le phénomène n’est pourtant pas nouveau. «Quel que soit le parti au pouvoir, le temps de parole de la majorité est toujours pris en étau entre celui du gouvernement et celui de l’opposition, c’est un phénomène que nous observons depuis longtemps», explique-t-on au CSA. La minoration de la parole de la majorité est donc habituelle. Mais cela devrait changer très rapidement.
 
De fait, le 21 juillet dernier, le CSA a adopté un nouveau principe de pluralisme, incluant le temps de parole du président de la République dans celui de l’UMP. Concrètement, les interventions de Nicolas Sarkozy relevant du débat politique seront ajoutées au temps de parole de la majorité. Ceci afin d’«assurer une présentation équilibrée de l'ensemble du débat politique national», selon le CSA. Problème: c’est aux chaînes de télévision de fournir le compte-rendu des différents temps de parole. Ce sera donc à elles d’apprécier la nature des propos de Nicolas Sarkozy. Un exercice d’équilibriste.