Sept semaines de conflit pour RFI

MEDIA La radio qui émet dans le monde entier est en grève depuis le 12 mai, soit le plus long mouvement dans l'histoire de l'audiovisuel depuis 1968...

Sa. C.

— 

 
  — JOBARD/SIPA

Depuis près de sept semaines, la station Radio France Internationale (RFI) est en grève illimitée. Les salariés grévistes dénoncent un plan social qui, estiment-ils, condamne la radio au profit de la chaîne France 24. Ils en appellent au nouveau ministre de la Culture et de la Communication, Frédéric Mitterrand. Explications.
 
C’est quoi, RFI?
Radio France Internationale est une station française qui émet dans le monde entier. Elle est la troisième radio mondiale, derrière la BBC et Voice of America. Elle est diffusée auprès de 46 millions d’auditeurs dans 74 pays. RFI appartient au groupe Audiovisuel extérieur de la France (AEF), qui regroupe également les chaînes France 24 et TV5 Monde et est dirigé par Alain de Pouzilhac, secondé par Christine Ockrent.
 
Les raisons de la colère
En janvier dernier, la direction présente aux salariés un plan social qui prévoit 206 suppressions d’emplois sur un millier et la fermeture de plusieurs bureaux de langues (allemand, albanais, polonais, serbo-croate, turc et laotien). Inacceptable pour une partie du personnel, qui se déclare en grève illimitée, avec le soutien de la majorité des salariés, le 12 mai dernier.

Qui fait grève?
Le mouvement concerne tous les métiers de la station (journalistes, techniciens, chargés de réalisation...). Les grévistes se relaient, par roulement. «Il est possible de perturber une émission avec quelques personnes, explique la déléguée du SNJ-CGT, Addala Benraad. Les grévistes tournent chaque jour. Depuis le début du conflit, tout le monde a fait au moins une ou deux journée de grève.» Quant aux émissions perturbées, difficiles à chiffrer, elles sont remplacées par un fil musical.
 
Un conflit qui dure
RFI est en grève depuis le 12 mai, soit presque 7 semaines, le plus long qu’ait connu l’audiovisuel depuis 1968. «Cela est possible grâce à la caisse de solidarité que les salariés alimentent», souligne encore Addala Benraad. De guerre lasse, les grévistes, qui attendent toujours la nomination d’un médiateur, ont manifesté le 16 juin devant le palais de l’Elysée pour réclamer le retrait total du plan et négocier des départs volontaires. Outre le plan social, déjà difficile à avaler, les grévistes s’inquiètent de l’avenir de la station, craignant que le rapprochement avec France 24 signe le dépeçage de la station. En clair, que l’Audiovisuel extérieur français déshabille Pierre (RFI) pour habiller Paul (France 24).
 
Coups de force
Après avoir manifesté devant l’Elysée, les grévistes ont réussi à réaliser en direct une émission de 7 heures depuis un stand prêté par la Mairie de Paris, mercredi, en totale autonomie. L’émission comptait de nombreux invités venus témoigner de leur attachement à la station et pourra être ré-écoutée «très bientôt» sur le blog «RFI riposte» des grévistes. Précédemment, la station avait décroché plusieurs heures durant les obsèques d’Omar Bongo, auxquelles assistaient Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac, le 16 juin dernier.
 
Où en est-on?
Le plan social a été suspendu par la cour d'appel, qui a demandé à la direction d'informer davantage le comité d'entreprise sur la mise en place de la holding AEF. S'estimant toujours insuffisamment informé, le CE a saisi le juge de l'exécution du TGI de Paris, qui l'a débouté la semaine dernière pour vice de forme. Ce juge a réexaminé le dossier mercredi et doit rendre sa décision lundi. Mais l'intersyndicale de RFI cherche du soutien plus haut. Jeudi, elle a écrit à Frédéric Mitterrand pour être reçue le plus rapidement possible. «Il y a urgence», conclut-elle.