Le Grand prix «Paris Match» 2009 récompense un photoreportage truqué

MEDIAS Des élèves des Arts décoratifs de Strasbourg ont mis en scène une série sur la précarité des étudiants, ne révélant la supercherie que le jour de la remise du prix...

Catherine Fournier

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«Pour pouvoir étudier le jour, je me sers de mon cul la nuit.» C'est ce genre de phrases choc qui accompagnait les photos de Guillaume Chauvin et Rémi Hubert, étudiants à l'école supérieure des Arts décoratifs de Strasbourg. Leur photoreportage sur la précarité des étudiants a reçu le Grand prix «Paris Match» 2009, mercredi. Quatre clichés en noir et blanc ont été publiées ce jeudi par le magazine. Sauf que le dit photoreportage n'était qu'une mise en scène, élaborée par les deux étudiants à l'aide de quelques copains et avec l'accord de leurs professeurs, révèle «Le Monde» ce jeudi.

Les lauréats ont dit la vérité mercredi, lors de la remise du trophée. Trop tard pour le magazine, qui publie les photos dans son édition de jeudi, sans mention de la supercherie. «Le magazine étant imprimé dans la nuit de mardi à mercredi, il était impossible de changer quoi que ce soit mercredi», explique Marc Brincourt, rédacteur en chef adjoint du service photos de «Paris Match».

Le prix leur a été retiré

Guillaume Chauvin et Rémi Hubert racontent au «Monde» que le jury, présidé par le directeur de la rédaction de «Paris Match», Olivier Royant, n'a pas vraiment réagi lorsqu'ils ont lu un texte révélant leur démarche. Il «faisait un peu la tête, mais on nous a remis le chèque», soulignent-ils. Soit 5.000 euros. Jeudi, «Paris Match» a précisé qu'il retirait le prix accordé aux étudiants, mais laissait à l'école la part qui lui revenait.

Interrogé par «20 Minutes», Guillaume Chauvin explique avoir voulu «interroger les mécanismes de fabrication de l’info, de l’image».
 
A «Paris Match», Marc Brincourt est un peu amer. «Sur les 4.000 dossiers que j'ai reçus, leur sujet sortait du lot d'un point de vue photographique. Ils ont mis en scène des faits réels. On a fait confiance, on a eu tort. Quand je pense que dans le même numéro, on publie les photos d'étudiants qui risquent leur vie en Iran, c'est quand même autre chose…»

Rémi Hubert se défend dans les colonnes du «Monde»: «Nous n'avons pas enfreint le règlement. Il n'est écrit nulle part que les mises en scène sont interdites».