Canal+ consolide sa lutte pour le collectif

De notre envoyée spéciale à La Rochelle, Alice Coffin

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Pas toujours simple de la jouer collectif.C'est pourtant la ligne éditoriale développée depuis deux ans par Christine Cauquelin, directrice des documentaires du groupe Canal+. « J'ai du mal parce que les documentaristes ne sont pas habitués à cette démarche, ils considèrent souvent qu'être auteurs signifie faire des films intimistes. Moi, je veux des oeuvres qui décryptent notre monde, interrogent notre vivre ensemble, bref restaurent le sens collectif. »

La saison prochaine, comme elle l'a annoncé hier dans le cadre de la 20e édition du Sunny Side of the Doc (marché international) de La Rochelle, la chaîne cryptée consacrera un triptyque qui interrogera la devise républicaine (liberté et désobéissances civiles, égalité et système de santé, fraternité et centres de rétention). Canal s'est déjà intéressée à la psychiatrie, la justice, l'école, la condition des femmes... « Le tout sous l'angle du système, poursuit Christine Cauquelin. Suivre le parcours d'une seule personne parce qu'il a une valeur universelle, on le fait tout le temps à la télé. » Pour son documentaire Vies de fous, diffusé l'an dernier sur Canal+ et consacré au système psychiatrique français, Samuel Luret a « d'abord passé des mois à lire pour comprendre le secteur alors que, d'habitude, le sujet aurait plutôt été traité sous forme d'un 52 minutes ciblé sur un établissement ». Pour Yves Jeanneau, le président du Sunny Side, « c'est justement le côté "dossier", un peu "faites-moi un tour d'horizon de la folie" qui peut faire peur. Cela renvoie plus à une démarche journalistique alors que la tendance du documentaire est cinématographique. » Une vieille querelle qui n'échappe pas à Christine Cauquelin. « Il faut sortir de cette définition étroite. Le documentaire fonctionne d'habitude sur une économie de l'offre plus que de la demande : les réalisateurs ne sont pas habitués à ce qu'on leur propose de plancher sur un sujet. Mais, c'est ce que font les "executive producers" de la BBC et ça fonctionne très bien. Pour eux, il n'y a pas de distinction entre les différents genres : tout est regroupé sous le terme "factual programing". Tant qu'on parle du réel, c'est du docu ! » Voilà qui devrait plaire à John Willis, ex-responsable du secteur documentaire (ou plutôt « factual » !) de la BBC... et président d'honneur de cette édition du Sunny Side. W