Dans « Breaking Bad », mon prof de chimie va cracker

De notre envoyée spéciale à Monte-Carlo, Anne Kerloc'h

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Bad, bad, bad. « Breaking Bad », série achetée par Arte

et actuellement diffusée sur AMC (Etats-Unis) a sur le papier un air de déjà fumé : un père de famille, confronté à des difficultés, décide de se lancer dans la fabrication de drogue. De quoi rappeler « Weeds », où une « housewife » bourgeoise materne avec soin ses plants de cannabis. Sauf qu'à côté de « Breaking Bad », « Weeds » ressemble à une fantaisie bobo garantie sans phosphates ni colorants.

Ici, Walter White, professeur de chimie, père d'un enfant handicapé, apprend qu'il est atteint d'un cancer en phase terminale. Pour assurer l'avenir de sa famille, il se lance dans la fabrication de crystal meth, drogue ultra-dangereuse provoquant des troubles mentaux sévères. Au passage, il dégommera salement quelques personnes (en s'excusant)... « C'est un type banal, pris dans un brouillard de confusion et de dépression, raconte Bryan Cranston, récompensé d'un Emmy Award pour le rôle. Il n'a aucune idée du monde dans lequel il plonge. C'est un scientifique, rassuré par les nombres. Là, il se confronte au milieu du crime, incalculable, imprévisible et dangereux. » Des anciens consommateurs de meth, en cure de désintoxication, participent comme consultants pour la série. « On ne voulait pas donner une image glamour du meth, raconte Bryan Cranston, qui, de son côté, a travaillé au plus près la banalité de son personnage, basculant dans un univers grinçant et violent. Je voulais qu'il soit un vrai passe-muraille ! Habillé en beige, avec des lunettes... » Tragi­comédie noire, « Breaking Bad » est aussi le reflet impitoyable d'une middle class blanche repliée dans une impression illusoire de sécurité, confrontée au risque du déclassement. « Walter White est un peu l'Américain moyen typique... Nous sommes un pays avec de bons côtés, mais qui possède une vraie agressivité », confirme Bryan Cranston. Travail, famille, furie ? W