Jean-Luc Hees intervient en plein direct sur France Inter

MEDIAS Le nouveau président de Radio France s'est invité dans le studio de la radio, vendredi matin, afin de répondre à Edwy Plenel, fondateur du site Mediapart et invité du 7/10...

Sandrine Cochard

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 Jean-Luc Hees le 7 mai 2008
 Jean-Luc Hees le 7 mai 2008 — CAPMAN VINCENT/SIPA

Trois jours après sa nomination à la tête de Radio France, Jean-Luc Hees a créé la surprise, vendredi matin, en s’invitant dans une émission de France Inter diffusée en direct. Ainsi, alors qu'il écoutait «en voiture» l’interview d'Edwy Plenel, fondateur du site Mediapart et invité du 7/10, Jean-Luc Hees est intervenu dans le studio afin de lui répondre.

«Invité impromptu»
 
Un «invité impromptu» comme l’accueille en riant Plenel qui vient de passer un quart d’heure à défendre son dernier livre, «Combat pour une presse libre». Dans cet ouvrage, il dénonce le risque de voir apparaître «un rapport clientéliste des médias à l'État». Or, Jean-Luc Hees a été directement nommé par l’Elysée. Le nouveau patron de Radio France «a donc tenu à prendre la parole sur une des antennes du groupe qu'il préside pour réaffirmer son indépendance et sa volonté de la garantir», explique le site Ozap.

«Je comprends votre vigilance et ce combat nécessaire. Nous sommes  alliés, c'est ce que je suis venu vous dire», a commencé Hees. Et de poursuivre: «On vous entend sur cette antenne de service public (...) et on va vous entendre encore Edwy Plenel, vous êtes ici chez vous, comme tout le monde. Vous êtes la preuve que ce soupçon, en ce qu concerne la nomination des présidents de l'audiovisuel public est infondé.»

«Il vaut mieux aboyer fort, déranger et réveiller le quartier qu'être indifférent», répond Plenel. «On va vous laisser aboyer», conclut Jean-Luc Hees.
 
La vidéo ci-après:
 


Edwy Plenel face à Jean- Luc Hees
envoyé par franceinter. - L'info internationale vidéo.

«Du jamais vu»

Une "invitation" qui n'est pas du goût des journalistes de France Inter et des syndicats de Radio France. Pour le Syndicat national des journalistes (SNJ), premier syndicat de journalistes, «cette prise directe d'antenne est de même nature que la nomination directe (...) Elle dit: "j'ai le pouvoir, donc je fais ce que je veux"». «Cette nouveauté n'est pas anecdotique. Elle crée un précédent. Ce précédent créera mécaniquement un climat d'inquiétude, qui poussera à l'autocensure», poursuit le SNJ qui conseille au nouveau président «de couper le cordon ombilical avec celui qui l'a fait roi, en résistant, y compris à lui-même».

«On n'a jamais vu une telle situation à Radio France, ni même dans le privé, un Pdg qui déboule dans un journal pour prendre la parole!», ont renchéri les journalistes et techniciens CGT. «Pourtant Jean-Luc Hees n'a de cesse de vouloir se montrer rassurant en revendiquant qu'il est le "garant de l'indépendance" alors qu'il prouve le contraire ce matin en s'imposant à l'antenne d'Inter!» ajoute le syndicat.