Epidémie et Internet: un attelage qui peut faire mal

INTERNET Le Web s'enflamme sur la grippe porcine. Baromètre de tendance ou relais de panique?

Alice Antheaume

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Capture d'écran des messages sur Twitter associés au mot-clé swine flu (grippe porcine)
Capture d'écran des messages sur Twitter associés au mot-clé swine flu (grippe porcine) — DR

C’est une vérité quasi universelle: qui cherche le nom d’une maladie sur le Net risque de tomber malade en lisant les contenus anxiogènes disponibles en ligne. Ou du moins, de stresser à mort. Le problème se pose depuis que la grippe porcine a frappé le Mexique la semaine dernière, surtout depuis que plusieurs cas sont avérés aux Etats-Unis ou en Espagne.

Si l’on regarde les recherches du jour sur le moteur de recherche Google, on trouve, sans surprise, que trois des dix requêtes les plus fréquentes aux Etats-Unis concernent la grippe porcine («swine flu» en anglais). Fait notable: les internautes cherchent visiblement une source d’informations sûre, puisque la troisième requête la plus recherchée est cdc.gov, qui désigne le site Web du Centre de contrôle des maladies et de la prévention. Le slogan du site? «Votre source en ligne pour une information vérifiée».

C’est dire si les internautes veulent en savoir plus sur un virus dont on ignore encore un certain nombre de données, comme le reconnaît Gregory Hartl, porte-parole de l’OMS interrogé par 20 Minutes.

Sujet numéro 1

Tous les indicateurs du Web montrent que la grippe porcine est devenu le sujet de discussion numéro 1 sur le Web. Comme c’est le cas à chaque fois qu’une actualité mondiale déferle — attentats à Bombay, alerte à la grippe aviaire, investiture d’Obama. La preuve avec ce graphique Technorati qui montre l’apparition en flèche de la maladie dans les blogs depuis le 23 avril.

Même son de cloche sur les réseaux sociaux. Sur Twitter, le site de micro-bloging, le mot-clé «swine flu» est premier dans les statistiques. Et sur Facebook, qui compte plus de 200 millions de membres dans le monde, une centaine de groupes sont nés («Ensemble contre la grippe porcine», «Pandémie de grippe porcine A/H1N1», etc.)

L’émetteur de confiance

Problème: ceux qui écrivent sur la grippe porcine en ligne ne connaissent pas forcément le sujet. C’est le principe du Net: commenter surtout, plus rarement expertiser.

«Cela devient pathologique de voir ces gens qui veulent rédiger des messages contenant le mot clé swine flu, juste pour se faire voir sur Twitter», regrette le journaliste Evgeny Morozov sur Foreignpolicy.com dans un article dont le titre est éloquent: «Le pouvoir de désinformation de Twitter». «La grippe porcine est officiellement devenue la première épidémie sur ce réseau, infectant des centaines de messages rédigés en ligne, note un membre de Twitter. Où cela va-t-il s’arrêter? Quand des millions de messages auront été infectés?»

«Ce que l’on lit sur Twitter dépend de qui l’on suit, répond le blog. Si vous choisissez de suivre des gens qui paniquent, vous aurez des messages alarmants. Mais Twitter n’est qu’un outil. Reprocher à Twitter de distiller la panique, c’est comme reprocher au téléphone arabe de répandre des ragots.»

Tim O’Reilly, dont le blog est très influent sur le Net, pense la même chose. Pour lui, Twitter sert à communiquer. «Les propos de Morozov me rappellent la façon qu’ont certains de questionner la validité de Wikipédia en tant que source d’information. Wikipédia apporte incontestablement des réponses, même si elles ne sont pas toujours pertinentes, à des millions de personnes chaque jour.»

Flux et afflux

La réactivité du Net permet à tous d’être informés (ou désinformés, c’est selon) en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Ce que montre bien cette vidéo, postée sur YouTube par l'OMS.



Reste que l’ampleur donnée par le Net à ce qui pourrait devenir une pandémie, selon les autorités mondiales de santé, pourrait avoir un dommage collatéral: précipiter les gens se sentant fiévreux à l’hôpital, générant un flux difficile à gérer pour les personnels soignants. Là-dessus, Gregory Hartl est clair: «Si vous avez de la fièvre ou des symptômes apparentés à ceux de la grippe porcine, allez chez votre médecin traitant plutôt qu’aux urgences.»

Pour finir, sur la Toile, on trouve aussi ce drôle de site, Shouldibeworriedaboutswineflu.com («Dois-je m’inquiéter pour la grippe porcine?» en VF). La réponse? «Non!».