« Quand on parle d'un fait divers, on ne parle pas du chômage »

Recueilli par Maxime Robin

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Comment évolue le traitement médiatique des banlieues ?

Aujourd'hui, les faits divers dominent, au détriment des pages « Société ». Ils font vendre, mais occultent des problèmes qui ne sont pas les moins graves. Pendant qu'on parle d'un fait divers, on ne parle pas du chômage, de l'ennui. A travers le fait divers, la vision des médias est aussi influencée par la police, par exemple dans la généralisation du terme « violences urbaines ». Alors qu'au départ, c'est le nom d'une section des Renseignements généraux.

Le traitement diffère-t-il selon les générations ?

Les journalistes de plus de 50 ans ont un regard plus politique sur la banlieue et ne craignent pas de mettre en avant un passé militant. Les nouvelles générations font une nette différence entre l'engagement politique, qui relève de la sphère privée, et leur travail. Elles ont une approche pragmatique, réfléchissent en termes de conditions d'accès, de matériel technique adéquat.

Y a-t-il aussi une différence sur le fond ?

Les nouvelles générations semblent privilégier les « tranches de vie » et le discours « neutre », au détriment d'un discours politique. Comme si un habitant politisé ne rentrait pas dans le cadre.

On a l'impression que l'on oscille entre une image très négative et une défense des « expériences positives » des quartiers...

Il y a un contre-discours défensif, que les habitants produisent en réaction à une image dominante négative. Mais ce contre-discours est ambivalent, il lisse certains aspects. Par ailleurs, certains journaux, après les émeutes, ont mis en avant ces expériences positives dans une volonté réparatrice. C'est une réponse en écho, on ne sort pas du cercle. W

Les Médias de la banlieue, éditions INA-BDL.