Le rire des chants de la mort

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Humour noir, satire tragique. « On m'a dit il faut résister/C'est comme ça que dans un train de la gare du Nord/J'ai eu ma place à l'oeil et sans effort. [...] Comme un bébé naissant, j'étais toute nue/C'est alors qu'ils m'ont tondue. » Arte diffuse ce soir à 22 h 45 Le ­Verfügbar aux enfers. Une opérette-revue signée de l'ethnologue et résistante Germaine Tillion. Sans doute la seule opérette à avoir été écrite au camp de Ravensbrück, sur du papier volé, par un auteur caché dans une caisse d'emballage. Pastichant Orphée aux enfers, l'auteur écrit, sur des chants scouts ou sur du Saint-Saëns, des textes sur le « Verfügbar », un « animal inconnu qui ne mange jamais, ne boit que de l'eau sale et est maigre comme un clou ».

Pour restituer la singularité de cette oeuvre née du sel de la survie, montée en 2007 par le théâtre du Châtelet, le réalisateur David Unger a choisi d'éclairer les captations des scènes par des entretiens avec l'auteur et des déportées. En guise de sous-titres, des phrases issues du carnet originel. « Cela répondait à la nécessité de comprendre les chanteuses, le jargon propre aux déportées. Et de ne jamais perdre de vue que le texte avait été écrit à l'intérieur du camp », raconte David Unger. Un texte sombre et drôle. « Germaine Tillion a écrit ce texte pour faire rire ses camarades, et rire avec elles. C'est pourquoi elle a choisi la forme la plus légère possible : une opérette. » W

Anne Kerloc'h

Le Verfügbar aux enfers, à 22 h 45 sur Arte.