Comment Salengro a été poussé au suicide

TELEVISION France 2 revient sur la vie du ministre du Front populaire, mardi soir à 20h35...

Vincent Vantighem

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  — G. Scarella / France 2

Yves Boisset revient aux «Affaires». Après Guillaume Seznec, Mehdi Ben Barka, Alfred Dreyfus, le réalisateur s'est intéressé à Roger Salengro, ancien ministre de l'Intérieur de Léon Blum, dans un téléfilm diffusé ce soir.

Histoire méconnue


D'abord parce que son histoire est méconnue du grand public. Ainsi, quand Yves Boisset a interrogé son entourage à son propos, les réponses ont été pour le moins surprenantes : «Un résistant» ; «un joueur de foot?» Non. Roger Salengro, né en 1890, était maire de Lille, nommé ministre du Front Ppopulaire en 1936, avant de se suicider quelques mois plus tard en ouvrant les vannes de sa gazinière.

En 108 minutes, le réalisateur valide d'ailleurs la thèse de la dépression rapide et du suicide de Salengro. Bien aidé en cela par Pierre Mauroy, qui a oeuvré en coulisses pour la réalisation de ce téléfilm. «Il y a eu beaucoup d'histoires sur sa mort, rappelle l'ancien Premier ministre. J'ai bien connu son chauffeur. On en a souvent parlé.Le suicide, c'était le seul moyen pour lui de devenir un héros de la République et non pas un traître.»

Traître?

Joué par Bernard-Pierre Donnadieu, Salengro apparaît ainsi en ministre intègre et efficace. Avant de sombrer, victime d'une campagne calomnieuse de la part de la presse d'extrême droite. Menée par le journal Gringoire, elle affirme que Salengro a déserté la guerre 1914-18, qu'il est «un traître à la patrie». En réalité, il avait été fait prisonnier après avoir tenté de récupérer le corps d'un ami au milieu des tranchées. «La question de l'injustice traverse pratiquement tous mes films», admet Yves Boisset qui a fait appel à sa «tribu» (Daniel Mesguich, Jean-Claude Dreyfus...) pour ce nouvel opus.

Soixante-dix ans après les faits, les ténors de la gauche nordiste voient en ce film l'occasion de réhabiliter l'un des plus illustres socialistes. A leur tête, Pierre Mauroy, qui ose même faire un parallèle entre «les fascistes qui ont conduit au suicide de Salengro» et «ceux qui profanent aujourd'hui des cimetières juifs à travers la France»... Yves Boisset ne va pas jusque-là, se contentant de dénoncer «les politiciens d'aujourd'hui, qui se battent davantage pour leur carrière» qu'à l'époque.