Azoulay et Berda, le B. A.-BA d'un business

Maxime Robin

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Ariane, Jacky, Corbier et Dorothée, c'était l'endroit du décor. Les hommes de l'ombre derrière AB Productions, une industrie du divertissement qui a bouleversé le PAF, ce sont eux. A comme Azoulay Jean-Luc, et B, comme Berda Claude, qui sont passés, en vingt-cinq ans, de vendeurs de jeans à patrons de chaînes. Hier méprisés et jalousés, aujourd'hui respectés pour leur sens du business, ils se livrent, pour la première fois, devant la caméra d'Isabelle Wan-Hoi. « Et ça n'a pas été facile : quand la secrétaire de Berda a su qu'il acceptait, elle n'en a pas cru ses oreilles », se souvient la réalisatrice.

« Une grande partie du public pense qu'AB, c'est fini. » A tort. La raison ? « On n'en parle plus à la télévision, mais dans les news économiques », résume Isabelle Wan-Hoi. En 2009, la génération « Club Dorothée » consomme autant d'AB qu'hier, mais sous des formes différentes. Car très tôt, AB s'est recyclé dans la diffusion et la distribution. Après les mangas et les sitcoms, elle achète des séries allemandes (« Derrick », « Tatort »). Puis « Navarro », « Une femme d'honneur », « L'instit », etc. Jusqu'au plus gros coup de Claude Berda : l'achat de « Friends » à la Warner, quand France 2 n'en voulait pas. « Ça lui faisait penser à "Hélène et les garçons", il était sûr que ça marcherait. Les avis des autres, AB s'en fout. C'est leur force. » Isabelle Wan-Hoi ne s'attarde pas sur les qualités discutables du contenu des programmes, mais sur le côté culotté de l'aventure. Et sur tout ce que la société contrôle désormais : NT1, TMC, RTL9, sans parler de toutes les chaînes du câble de Bis TV (AB Moteurs, Animaux, XXL). Le docu est en deux parties. Face A : l'amateurisme des débuts, les idées potaches d'Azoulay, les audiences faramineuses (40 % de moyenne) et les 1 000 heures de programmes par an sur TF1. La face B change d'échelle : elle raconte les coups fumants de Berda, l'homme d'affaires du duo, qui a su s'imposer dans un univers hostile. TF1 avait avait cessé de diffuser leurs émissions en 1995, quand elle s'est rendu compte qu'elle hébergeait un futur concurrent de la télé câblée. Aujourd'hui, les vieilles rancoeurs sont oubliées. « AB négocie d'égal à égal avec TF1, et a même réussi à renverser le rapport de force. » ■