Un piercer «extrême» et le droit d'informer à la barre

JUSTICE La journaliste qui a filmé une «suspension» à l'aide de crochets sous la peau est poursuivie pour complicité de violence volontaire...

A Toulouse, Hélène Ménal

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D'anciens cadres dirigeants de l'usine AZF ont souligné mardi devant le tribunal correctionnel de Toulouse que cet important site chimique bénéficiait de nombreux systèmes de sécurité, mais pas le hangar 221, qui a explosé et n'était pas un "bâtiment à risques".
D'anciens cadres dirigeants de l'usine AZF ont souligné mardi devant le tribunal correctionnel de Toulouse que cet important site chimique bénéficiait de nombreux systèmes de sécurité, mais pas le hangar 221, qui a explosé et n'était pas un "bâtiment à risques". — Eric Cabanis AFP/Archives

«Toro», tatoueur toulousain bien connu, comparaît mardi matin devant le tribunal correctionnel pour violence volontaire après avoir procédé à une «suspension». Cette pratique extrême consiste à maintenir une personne en l'air à l'aide de crochets passés sous la peau. Un vrai débat de société en soi, doublé d'un autre, inédit, puisqu'Isabelle Cottenceau, journaliste qui a filmé les préparatifs et l'épilogue de cette «performance», est également poursuivie pour complicité.
 
L'affaire démarre le 8 octobre 2006 quand le magazine de M6 «Zone interdite» s'intéresse aux modifications corporelles chez les jeunes. Un reportage montre Benjamin, un Toulousain de 17 ans et demi adepte du piercing, décidé à s'offrir une suspension pour ses 18 ans. Il explique ses motivations, et sa mère pourquoi elle y consent. Les images n'ont pas plu au procureur de la République de Toulouse, d'où le procès de mardi.
 
«Complètement fou»

Benjamin  est désormais partie civile, tout comme son père. Il redira qu'il était volontaire. «Mais peut-on transpercer un gamin, quand bien même fut-il d'accord?», demande Alexandre Martin, son avocat, qui estime que son client s'est «fait embarqué dans l'engrenage du tournage». Simon Cohen, le défenseur de «Toro», pose un «fait de société». «Ces pratiques sont une forme de singularisation qui posent les mêmes problèmes de consentement que les relations sado-masochistes. Mais elles ne sont pas douloureuses et ne laissent pas de trace», dit-il.
 
Il considère par conséquent que son client n’est «pas coupable» des violences dont on l’accuse, renvoyant la «question éthique de l’intégrité physique» dans le camp de la journaliste. «Je n'ai forcé personne, ni insisté auprès de personne», se défend Isabelle Cottenceau. Habituée à traiter des sujet difficiles, la journaliste assure avoir tout simplement «fait [son] métier et montré la réalité». «C’est complètement fou (…), ajoute son avocat, Richard Malka. Au-delà du droit à l’information, on va demander à un juge unique de trancher un débat de société».