Ça rouble pour les fictions françaises

Anne Kerloc'h, envoyée spéciale à Moscou

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En ce début du mois de mars, la monnaie russe a perdu un tiers de sa valeur, au gré de la crise qui secoue le pays. De quoi rendre prudents les entreprises de l'audiovisuel français pour cette édition du Rendez-vous de Moscou, festival organisé par TV France International (TVFI). « Il y a des reports de décision et des négociations plus difficiles. Alors que ce marché, qui représente 5 % de nos ventes internationales, a connu un foisonnement extraordinaire », estime Mathieu Béjot, délégué général de TVFI. Reste qu'avec une dizaine de grandes chaînes et des centaines de chaînes thématiques et régionales, « la télévision est un animal à qui il faut sans cesse donner à bouffer », résume Alexander Soloviev, coordinateur pour le groupe Public VGTRK (Kultura, TV Channel Russia). Et le goût français plaît, avec quelques constantes.

Intrigues et vieilles dentelles Sortez les perruques. Si les productions modernes (« Mafiosa ») sont appréciées, la fiction française plaît surtout quand elle est costumée. « J'ai à peine parlé de La Reine et le Cardinal à un acheteur qu'il a embrayé. Il connaissait toute l'histoire », raconte Sarah Brémond de Marathon International. Présence de la chaîne Kultura (l'Arte local) et réminiscences de la guerre froide où la culture française était une des rares à passer le mur favorisent Les rois maudits ou le Jean de La Fontaine, le défi avec Lorànt Deutsch. Autre piste prometteuse : le docu-fiction.

Depardieu, toujours Pour mettre en avant L'Abolition, téléfilm sur Robert Badinter, Emmanuel Loréal, de Carrerre Group, parle de Depardieu « et aussi de Charles Berling même s'il est moins connu ici ». L'année dernière « le cinéma français a fait 8 millions d'entrées en Russie », note Christel Verjeade, attachée audiovisuelle à l'ambassade de France.

Mon ami le panda Oubliez le docu d'investigation ou le mag d'actualité. Ici, l'info pure et dure fait un flop, notamment à cause de l'autocensure des chaînes et de la production locale. « Nous cherchons surtout des docus animaliers, nature », note Alexey Pischulin de Channel One. La plupart des chaînes ont des cases dédiées, surtout le week-end. Gorilles tranquilles et raie manta ne parlent pas politique, ni s'étripent sur les tensions au Proche-Orient. Et en plus, ils se regardent en famille. ■