Les vraies idées fausses sur Les « vraies gens »

Alice Coffin

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Terminée, la recherche de la nouvelle star. Désormais, médias et publicitaires sont à la recherche des vraies gens. « Envoyé spécial » se penche ainsi ce soir sur « La véritable histoire des vraies gens dans la pub ». Ou comment, à l'ère du mannequin-roi, succède celle du quidam. Un phénomène initié en 2004 par une campagne de pub pour Dove. Y figuraient des femmes rondes ou petites, bref, tout sauf des top-modèles. Une tendance pas spécifique aux publicitaires. « Le milieu où on entend le plus souvent l'expression "vraies gens" est celui des journalistes, explique Pierre-Emmanuel Luneau-Daurignac, coauteur de l'enquête. Il faut trouver une "vraie" histoire, avec des "vrais" sentiments. Mais finalement, cette expression ne veut rien dire. »

C'est vrai, finalement qui sont les "vraies gens" ? Les Français moyens ? Ce concept non plus « n'existe pas, estime Caroline Brulé, qui a coréalisé un mémoire sur "Le portrait-robot du Français moyen".■Ce sont des représentations médiatiques qui ne résistent pas à une analyse statistique. L'Insee est incapable de dresser ce portrait-type. » Et pourtant, le "vrai gens" a été la star de la présidentielle 2007. Celui que politiques et émissions s'arrachaient, comme dans « J'ai une question à vous poser » sur TF1. « C'est une absurdité, un concept marketing, estime Eric Decouty, auteur de La dictature du Moi-Je. Les vraies gens au pouvoir. Une expression créée justement par ceux censés être des fausses gens, c'est-à-dire, en gros, l'élite, la France d'en haut de Raffarin. » Il distingue pourtant un critère essentiel pour être un "vrai gens" : « Il faut que ce soit une victime. » En effet, du « Tout une histoire » de Delarue sur France 2 aux « Confessions intimes » de TF1, les reportages consacrés aux « vraies gens de la vraie vie » présentent généralement des situations un peu désespérées. Et leurs héros ne sont évidemment pas choisis au hasard. Car le "vrai gens" est un produit très fabriqué. Brice Compagnon, fondateur de l'agence■Casting Office, et suivi par les caméras d'« Envoyé spécial », en a fait l'expérience. Sa spécialité : repérer des gens dans la rue. Mais ses clients ne suivent pas toujours. Ainsi, raconte-t-il à 20 Minutes, « une radio m'avait demandé de faire un casting susceptible de représenter ses "vrais auditeurs". Quand j'ai exposé le résultat au directeur, il était atterré, et a préféré caster des gens plus conformes à l'idée qu'il s'en faisait ! » De fausses vraies gens. ■